[AS] Álex Fernández : « Affronter Nacho était génial pour moi parce que c’est mon idole »

Álex Fernández, le milieu de terrain de Cádiz, s’est entretenu avec les médias officiels du club pour parler de son expérience au cours des quatre saisons passées sous le maillot amarilloLe joueur madrilène analyse la première partie de saison de son équipe, évoque le moment spécial lorsqu’il a affronté son frère Nacho à Valdebebas et s’exprime sur le prochain adversaire des Andalous, la Real Sociedad.

Sur sa blessure récente : « J’entre déjà dans les derniers jours de récupération, pressé de revenir avec l’équipe. Ça a été une petite gêne musculaire qui m’a permis de faire une pause, mais je vais vraiment très bien »

Bilan de la phase aller du championnat : « L’équipe a montré son vrai visage dans les bons comme mauvais moments. Jouer en Liga est très compliqué puisqu’on a eu de très bons résultats mais on a aussi fait des matchs moyens. C’est là toute la difficulté de la Primera División, lorsque tu affrontes les meilleurs clubs et qu’il peut se passer n’importe quel scénario à chaque match. Je suis satisfait du travail de groupe. Personnellement, je vais bien, j’apprends et je progresse tous les jours, j’apprécie le fait de jouer à des postes différents avec l’objectif clair de toujours aider l’équipe »

Sur l’équipe en général : « Je pense que l’équipe est en bonne posture pour affronter cette deuxième partie de saison qui, nous le savons, va être difficile. Nous nous sommes bien renforcés. Les joueurs qui sont encore ici ont un mental solide et ils savent ce qu’ils ont à faire. L’idée du coach est toujours très claire et on sait qu’en travaillant tous ensemble, tout ira bien »

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(crédit : Diario de Cádiz)

Sur l’adaptation à la première division : « Je n’avais pas joué en Primera División depuis de nombreuses années, c’était plus compliqué que je me l’étais imaginé. J’ai alterné différentes positions sur le terrain et il faut s’adapter rapidement, donner le meilleur de soi-même et encore une fois aider l’équipe au maximum. Je suis satisfait, j’ai beaucoup joué, même si j’ai alterné bonnes et moins bonnes performances, mais en sachant toujours que l’intérêt de l’équipe passe avant le personnel »

Être l’un des capitaines du club : « Au-delà d’être capitaine ou non, c’est avoir du leadership avec ses coéquipiers, le club, les supporters, se sentir identifié aux valeurs du club que je veux d’abord transmettre. Quand je mets le brassard, que les coéquipiers croient en toi ou que les fans supporters te montent leur affection, je ressens une si grande satisfaction parce que ça veut dire que tu fais bien les choses et que tu es sur la bonne voie pour réussir »

L’importance des supporters cadistas : « Ils sont très importants, les supporters sont l’âme de ce club. Ces fans, ce sont eux qui caractérisent Cádiz. Ce virus nous prive de profiter du football à 100%, mais nous voulons nous maintenir pour que notre public ait la chance de nous voir en Primera la saison prochaine »

Opposition Analysis: Cádiz CF - Managing Madrid
(crédit : Managing Madrid)

Son meilleur moment au club : « Je garde en meilleur souvenir le moment de la montée en Primera. L’année dernière a été une excellente année pour l’équipe. Nous avons essayé d’être proches de supporters et je pense que ça faisait longtemps que notre public ne s’était pas senti si identifié au club. Je me suis bien amusé comme un gamin, à chaque match en allant sur le terrain »

Son utilisation à différents postes : milieu de terrain, milieu de terrain ou ailier : « Je vois ces changements comme positifs parce que l’important est de jouer. L’année dernière, dans ma position la plus habituelle, je jouais vraiment bien mais cette année ce qui compte c’est le collectif. Si je dois jouer en tant qu’ailier pour aider l’équipe je le ferai sans problème, en étant ravi. En fait, ça me permet aussi de m’ouvrir des portes et de découvrir un niveaux football »

Avoir affronté son frère Nacho (Real Madrid) à Valdebebas :  « Professionnellement, c’est le meilleur car il est mon idole depuis ma naissance, je le place sur un piédestal. Quand nous nous sommes affrontés à Valdebebas c’était spécial parce qu’il y avait des moments où je ne savais pas comment différencier si j’étais en train de jouer un match de foot ou un simple match contre lui. Ce jour là, l’équipe avait fait un grand match (victoire 0-1) et il restera pour toujours dans ma mémoire »

Real Madrid vs Cádiz: Hay muchos que no están bien... y Zidane es uno de  ellos | Marca.com
(crédit : Marca)

Atteindre l’objectif du maintien : « L’objectif est clair : il faut se maintenir. Ce sera difficile même si nous avons un peu d’avance sur la zone rouge. Je pense que l’équipe est préparée pour la lutte, ce qui va donner vie au club. Nous voulons que notre équipe reste en Liga Santander, nous nous battons pour cela. Ce foutu virus nous a séparés de nos supporters, mais je suis sûr que nous ferons bien les choses pour être tous ensemble à la maison bientôt »

Sur la visite à Anoeta, contre la Real Sociedad ce dimanche : « Ce sera très difficile, très compliqué. Une bonne équipe, un bon entraîneur, ils jouent très bien globalement. Ce sera super compliqué de gagner, comme lors de chaque match de championnat. Nous y allons avec nos armes pour leur faire des dégâts, les titiller et avec la mentalité d’aller y prendre les trois points »

[DOSSIER] Athletic : Elizegi, deux ans de présidence et un fiasco institutionnel

L’Athletic Club traverse peut-être l’un de ses moments les plus difficiles au cours des dernières années. Les résultats en berne, l’absence de public à San Mamés, et la mauvaise gestion d’une direction rendent nerveux et inquiets les supporters basques. Alors que cette particulière année 2020 s’achève, le président du club, Aitor Elizegi, et sa Junta, célèbrent, ce 27 décembre, les deux ans de leur arrivée à la tête de l’entité rojiblanca par le biais de l’Assemblée Générale des socios et dans un climat alarmant de crise.

Si les résultats sont préoccupants en terres basques, supporters et médias savent que cette dynamique peut assez rapidement s’inverser. Gaizka Garitano, l’entraîneur, est dans la tourmente depuis plusieurs mois pour son manque de remise en question dans ses choix et tactiques et est pris pour responsable principal de la crise sportive de l’Athletic. Plusieurs pistes de remplaçant semblent évoquées, comme Marcelino, mais la véritable inquiétude de l’afición réside dans le secteur directionnel, bien plus difficile à faire évoluer. Entre incompétence et mensonges des dirigeants, l’image d’un club historique comme celui des Leones s’est dégradée, et sa gestion inquiète. D’abord masqués par des résultats plutôt bons, à l’heure des difficultés sportives, les responsables de ce marasme sont plus clairement identifiés et pointés du doigt. Le bilan du mi-mandat d’Aitor Elizegi semble donc plus que contrasté, si ce n’est décrié.

Un président élu sur le fil, des contestations prévisibles

En décembre 2018, le 27 plus précisément, dans une campagne présidentielle serrée, Elizegi est donc élu pour les quatre prochaines années à la tête de l’Athletic Club. L’homme qui occupe aussi un poste de chef cuisinier en dehors de son temps dédié au football, remporte les élections de justesse, en glanant 9264 votes. Son adversaire, Alberto Uribe-Echevarría, ancien membre de la précédente direction, est battu par seulement 85 votes de différence, accumulant ainsi 9179 voix. Les socios basques étaient donc déjà très divisés en cette fin d’année 2018.

Aitor Elizegi, Athletic Clubeko presidente berria | Athletic Club
Dans un contexte particulier, se déroule ce 27 décembre 2020, l’Assemblée Générale des socios de l’Athletic. Aitor Elizegi est attendu au tournant par les supporters… (crédit photo : Athletic Club)

Et pourtant. La division, c’est ce qu’il fallait éviter à tout prix. L’enjeu majeur de cette élection est de relever l’entité vizcaína, désunie. La situation sportive y était devenue instable depuis un moment, influencée par les divergences institutionnelles. Après une dernière décennie brillante, sous la présidence de Josu Urrutia (président de l’Athletic de 2011 à 2018, NDLR), où l’Athletic a rayonné sur le plan national, en atteignant à plusieurs reprises la finale de Copa et même en remportant la SuperCopa en 2015, mais aussi sur la scène européenne. La finale de 2012 en Europa League, ou la mythique qualification en Champions, en 2014, semblent déjà bien lointaines.

Même si tout n’a pas été parfait durant ce double-mandat, l’évolution économique du club bilbayen et de ses résultats sportifs a globalement été bien plus que satisfaisante. Seulement, la fin de la direction Urrutia a connu plusieurs difficultés et notamment lors de cette saison 2017-18, où l’Athletic échouera à la seizième place du classement, également éliminé en huitièmes de finale de C3. Peu de temps avant l’appel au vote, le président sortant annonce qu’il ne sera pas candidat. Ce scrutin s’annonçait donc crucial et décisif entre un candidat, Aitor Elizegi, aspirant à un renouveau, et un autre, Alberto Uribe-Echevarría, dans la continuité de la présidence Urrutia, réussie mais ternie sur sa fin.

Plusieurs points figurent alors dans le programme du natif de Bilbao. La création d’une grada de animacion (à l’image de celle de Anfield) pour les supporters est un projet colossal très attendu. Elizegi prévoit aussi de faire grandir le club évidemment, le défendre, le développer économiquement et par son image. Repenser la philosophie de recrutement du club, ce qui intrigue le public, maintenir la confiance en Lezama (le centre de formation, NDLR) et développer ses infrastructures. Enfin, son ambition se traduit aussi par la volonté de vouloir supprimer les clauses libératoires au sein de l’effectif Zurigorriak.

Athletic: Elecciones a la presidencia en un mes | Marca.com
Certains fans du club regrettent déjà la politique de Josu Urrutua, seulement deux ans après son départ (crédit photo : Marca)

Ces élections étaient donc censées amener un vent de fraîcheur dans le club basque, tout en prolongeant la prospérité et la notoriété acquise au cours de son histoire et ces dernières saisons. Le président a d’ailleurs fait le choix de faire équipe avec Rafa Alkorta en tant que directeur sportif, ex joueur mythique de l’Athletic Club en défense centrale. Mais, en réalité, qu’en est-il vraiment ? Derrière la difficulté sportive connue à l’heure actuelle, se trouve une réalité inquiétante que tente de masquer une direction, plus que dispersée dans sa gestion.

Une Junta désorganisée et plus divisée que jamais

En temps de crise, les résultats sont la préoccupation principale dans du moment à l’Athletic. Si certains supporters estiment que la direction ne fait pas tout son possible pour tenter de les corriger, ils sont devenus plus inquiétants au cours des derniers mois. L’année 2019 a été satisfaisante sous Garitano, arrivé seulement quelques semaines avant la nouvelle direction. En revanche, en 2020, une spirale sportive plus compliquée s’est installée. Et très vite, étant déjà présents avant cette période difficile mais en nombre moins conséquent, les doutes concernant la responsabilité de la direction dans cette mauvaise spirale se sont accentués. Un temps masquées par les bons moments du club, les erreurs de l’institution sont dévoilées « au grand jour » désormais. Pourtant, depuis leur arrivée à la tête du club, Aitor Elizegi et ses collègues semblent peu avoir apporté à l’Athletic. Au contraire, beaucoup de choses semblent leur échapper.

Gestion du cas Garitano, de l’unité à la zizanie

La situation de Gaizka Garitano en tant qu’entraîner de l’Athletic fait évidemment couler beaucoup d’encre dans les journaux, surtout ces derniers temps. Si l’entraîneur a été défendu brillement par les supporters, voire même encensé par moments, lors de sa première année sur le banc basque, la tendance a changé. Comme évoqué précédemment, l’année 2020 a été particulière mais également synonyme d’un grand échec sportif pour l’Athletic. Hormis cette précieuse place en finale de Copa, qui doit toujours être disputée, obtenue en mars, le bilan est mitigé, peut-être même décevant. Pourtant, ce parcours remarquable dans la Coupe Nationale fera l’objet d’un élément important dans le futur du coach bilbaíno, peut-être même trop important.

Mai 2019, l’Athletic rate l’Europe de très peu. Les Lions perdent leur septième place qualification pour l’Europa League à la 38e journée de la saison, lors d’un revers à Sevilla, lourd à encaisser. Mais cette saison aurait pu être totalement différente puisqu’au premier tiers de la saison, les joueurs rojiblancos siégeaient à la dix-huitième place du tableau. Avec l’arrivée de Garitano, les choses vont changer. L’équipe pratique un football plus agréable, les joueurs sont plus sereins, la connexion entre les différents éléments de l’équipe se fait plus aisément tandis qu’une solidité défensive redoutable s’installe. Au terme de cet exercice positif, il en convient unanimement que Gaizka Garitano doit être prolongé. La direction n’hésite pas, les supporters approuvent : le Bilbayen voit son contrat être étendu jusqu’en juin 2020.

Aitor Elizegi "Aduriz And Lezama Always Sounds Good To Me" - Inside Athletic
Gaizka Garitano, entouré de Rafa Alkorta (à gauche) et Aitor Elizegi (à droite), lors de sa prolongation de contrat jusqu’en 2020 (crédit photo : Inside Athletic)

Aitor Elizegi, président mais aussi représentant et porte-parole du reste de la direction, affirme à maintes reprises que sa volonté est de poursuivre avec Garitano aux commandes de l’Athletic pour un long moment, si ce n’est jusqu’à la fin de son mandat. Le président, l’entraîneur et le directeur sportif, Rafa Alkorta, se vouent un respect mutuel et affichent un esprit de collaboration inébranlable au quotidien. Un temps saluée, cette très forte entente entre les principaux acteurs du club est discutée chez certains supporters aujourd’hui.

A la fin 2019, Garitano ne déçoit pas et justifie sa prolongation par de très bons résultats, le club étant situé dans la partie haute du classement à la mi-saison. La saison avance plutôt bien. Mais alors que 2020 débute, l’Athletic n’est plus le même. De décembre 2019 à mars 2020, les Basques ne gagneront aucun match de Liga. Pire même, une spirale néfaste de 10 matchs consécutifs sans victoire s’installe. Déjà naissantes, en très faible nombre, auparavant, les critiques envers Gaizka Garitano s’accentuent. Le coach fait des choix incompréhensibles, s’obstine à faire jouer les mêmes joueurs, délaisse la vivacité de la jeunesse, s’enferme dans ses principes et laisse de côté plusieurs des composants talentueux de son effectif. Face à un manque criant de questionnement de sa gestion, le coach est désormais sous le feu des critiques. En quelques mois, la situation a complètement changé et les voix demandant le renvoi de l’entraîneur sont de plus en plus nombreuses.

En championnat, l’Athletic ne retrouvera la victoire que le premier mars, en s’imposant contre Villarreal, avant de confirmer grâce à un large succès à Valladolid, une semaine après. En tout cas, après cette première période vraiment compliquée, il semble bien trop tôt, du point de vue de la direction pour prendre une décision forte, d’autant plus que la saison est encore loin d’être achevée.

Gaizka Garitano "We Are In The Fight For Europe" - Inside Athletic
Dans ses déclarations, Garitano agace également les supporters en faisant parfois preuve de fatalisme et de résignation face à la difficulté, et en remettant la faute sur ses jeunes joueurs (crédit photo : Inside Athletic)

Si la situation est délicate en championnat, la Copa permet de souffler pendant ce temps. Après avoir passé les deux premiers tours avec succès, l’Athletic connait des difficultés par la suite. Contre Elche, en seizièmes de finale, puis contre Tenerife, en huitièmes de finale, les Leones se qualifient avec difficulté, en passant par une séance de tirs au but. De retour à San Mamés, l’entité de Bilbao va reprendre confiance et sortir le Barça en quarts avant de s’offrir Granada en demi-finales aller, mais en tremblant au retour. Malgré une défaite (2-1) chez les Andalous, l’Athletic se qualifie à l’issue d’une rencontre dans laquelle il aura été submergé. Souffrance, certes, mais la place en finale de Copa est là, d’autant plus qu’il s’agit du rival historique en face, la Real Sociedad.

La stupéfaction est grande au sein des observateurs de l’équipe basque. Comment afficher une solidité assez intéressante en coupe mais s’effondrer à ce point en championnat ? Entre décembre et mars, l’Athletic ne triomphe plus en Liga mais, lors des matchs en semaine, fait le travail en Copa. La direction ne cherche pas d’explications et s’empresse simplement de féliciter Garitano. Au sein des aficionados, l’allégresse d’un tel parcours est présente sur les visages. Mais la grande majorité des supporters n’oublie pas cette crise dans laquelle l’Athletic a souffert et qui semble loin d’être résolue, même si l’institution semble mettre de côté cette période. Dans un nouvel élan, les Leones sont interrompus par l’arrêt des compétitions en mars, en raison de la pandémie.

Jusqu’à la mi-juin, le football ne reprendra pas ses droits en Espagne. Les supporters, eux, ne savaient pas encore à cette période qu’ils ne retourneraient plus dans les stades d’ici la fin de l’année. La finale de Copa a, pour honorer les supporters des deux clubs basques, été reportée et la date est vacante. La Liga reprend donc quand l’été approche, mais également quand la fin officielle de la saison 2019/20 s’annonce, au 30 juin.

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Le huis clos, l’une des conséquences de cette pandémie, pénalise fortement un club comme l’Athletic, proche de son public (crédit photo : AP News)

Mais alors, que faire pour Garitano qui voit la date de fin de son contrat approcher ? Les opinions sont multiples. Finalement, la direction fera le choix de le prolonger jusqu’à l’été 2021. L’arrivée en finale de Copa joue en la faveur du technicien. La Junta estime, peut-être trop naïvement, que Garitano doit pouvoir disputer cette finale, étant le responsable principal de la qualification pour cette ultime rencontre du tournoi. De plus, la volonté de poursuivre le projet avec Garitano parmi les dirigeants est intacte.

Certains supporters sont plutôt satisfaits de cet acte mais d’autres sont perplexes. Une partie des fans peu en accord avec ce choix estime que l’entraîneur devait cesser de diriger la formation basque, quand l’autre se montre plus modérée. Leur volonté était de prolonger l’entraîneur jusqu’en juillet et d’aviser, une fois arrivé à cette date, que faire, en se basant principalement sur une une éventuelle qualification en Europe. A cette période, la division est déjà forte au sein des amoureux du club même si la direction semble alors être sur une même longue d’onde.

Finalement, l’Athletic décevra et achèvera la campagne à la onzième place. Durant cette période particulière de football entre juin et juillet, le jeu de l’équipe est qualifié de « préhistorique » par des journalistes. La colère en dehors de San Mamés monte. Pourtant, lors d’une conférence de presse pour dresser le bilan de l’exercice, Alkorta qualifie d' »impeccable » le travail de Garitano, déchainant ainsi l’incompréhension et l’agacement de supporters, fatigués du manque d’exigence au sein du club.

Pendant ce temps, le président est porté disparu. Après avoir tenu une conférence de presse avant la reprise du championnat, faisant notamment le point sur le fonctionnement du club à venir dans cette période de crise, Elizegi n’apparait plus. Aucune trace du président qui, hormis une intervention réclamant un arbitrage plus rigoureux à la suite d’un match polémique contre le Real Madrid en juillet, ne prendra pas la parole pour faire un compte-rendu de la situation. Pour quelques journalistes et supporters, Garitano est l’objet de communication du club. Le coach est acclamé, vanté et mis en avant par Alkorta et Elizegi lorsque les résultats sont bons mais se retrouve esseulé pour faire face aux critiques.

La Junta est fragilisée par les critiques, pointée du doigt. Garitano, lui, est certes reponsable des mauvais résultats mais n’est pas celui qui dirige le club ni celui qui prend les décisions. S’il est encore en poste à l’issue de cette saison, c’est parce que les dirigeants l’ont voulu. Difficile de manifester physiquement son mécontentement en période de crise sanitaire, les stades étant fermés et les manifestations interdites.

Alors, les supporters improvisent et font des réseaux sociaux leur moyen de lutte principal. Les tweets demandant la démission de la direction et le renvoi de Garitano fusent, certains dénoncent la politique de Elizegi tandis que les hashtags de colère se multiplient au milieu des nostalgiques de la belle époque, quand d’autres refusent de céder à l’agitation et maintiennent tant bien que mal leur foi et leur optimisme envers leur club de cœur. Ces différents comportements agacent les uns et les autres, estimant que certains en font trop ou pas assez en se montrant trop respectueux de l’institution. Dans ce profond désaccord, le glorieux Athetic d’il y a quelques années ne semble être plus qu’un vague souvenir.

Le compte @laa_mus, sur Twitter, qui analyse au détail la situation institutionnelle du club, figure comme référant dans le domaine et ses propos forts ne manquent pourtant pas de souligner la véracité d’une situation bien plus inquiétante qu’elle n’y parait.

« Nous avons un directeur sportif avec une sérieuse allergie à l’effort, un amoureux du show business, de la posture et de l’arrogance, un ennemi du travail acharné et de la préparation, avec une responsabilité et un salaire bien supérieur à ses capacités. Il est incapable de donner le niveau minimum requis pour le football professionnel de haut niveau »

Critique envers le directeur sportif, Rafa Alkorta

« Garitano n’est pas le principal responsable de la détérioration de l’image subie par le club. Il n’est pas le premier responsable du sentiment actuel de manque de confiance dans le projet que représente ce club. Gaizka n’est pas celui qui a généré cette aura de discrédit et de médiocrité qui entoure actuellement l’Athletic. Gaizka n’est pas la personne censée définir la stratégie à court, moyen et long terme de l’équipe »

Remise en question profonde du projet sportif du club

« Il faut rappeler que nous avons un président spécialiste du dessin de scénarios flous, où le leadership brille par son absence, en vivant trop confortablement avec des mensonges, et des fausses promesses, en idéalisant la situation […] et en contribuant à générer de l’incertitude à chaque fois qu’il prend la parole »

Aitor Elizegi n’est pas épargné par les reproches, lui non plus
El cocinero que venció a las dudas, el 'aval' del PNV y la Ley del Deporte:  así es Aitor Elizegi, el nuevo presidente del Athletic - elEconomista.es
La politique menée par Aitor Elizegi va bien plus loin que celle de l’aspect sportif, toute une gestion intere est concernée (crédit photo : El Economista)

Dans cette première partie de saison 2020/21, le chaos s’installe. Le contenu proposé par la formation de Garitano s’appauvrit davantage, combiné à une efficacité offensive moindre et à une solidité défensive moins impériale qu’auparavant. Après huit matchs, au début du mois de novembre, la situation est au plus mal. Si l’Athletic a déjà été dans le rouge avant la trêve d’octobre en ne gagnant que très peu, l’équipe vient de s’incliner à Valladolid, qui n’avait toujours pas gagné de la saison, juste avant la trêve de novembre.

Quatorzième à ce moment, Garitano sait qu’il est menacé et qu’il a perdu une immense majorité de la confiance et même du respect des supporters. Même la direction, qui l’avait toujours soutenue jusqu’à présent, commence à se diviser. Le tacticien bénéficie toujours du soutien des membres principaux du conseil mais ne fait clairement plus l’unanimité. Les supporters réclament un changement d’entraîneur pour profiter de la trêve mais la direction fait le choix de donner un ultimatum à Garitano contre le Betis.

L’ancien entraîneur de la SD Eibar se retrouve alors dans la contrainte d’accorder de la confiance aux jeunes. Pour se sauver, Garitano remodélise son XI et vainc la formation bética avec la manière. Les enseignements sont nombreux. Une partie de ces remaniements sera conservée, ayant définitivement convaincu Garitano mais certains choix restent inexplicables. La disparition de joueurs de qualité comme Unai López ou Jon Morcillo et l’inutilisation de profils talentueux comme ceux de Ibai Gómez ou Iñigo Vicente laissent les supporters perplexes et consternés, obligés de supporter cette gestion exécrable de l’effectif.

Debuts en el Athletic Club en 2020 | Athletic Club
L’Athletic reste cependant un club basé sur son centre de formation malgré les particularités de chaque entraîneur au club (crédit photo : Athletic Club)

A la fin de cette année 2020, Garitano est toujours en poste et finira l’année, avec un derby contre la Real Sociedad, prévu le 31 décembre. Au vu du calendrier difficile qui attend les Leones début 2021, il est difficile d’annoncer un possible scénario concernant le futur du banc zuri-gorriak. Malgré les différents ultimatums reçus, le Bilbayen tient bon jusqu’à présent.

Les réunions de la Junta sont de plus en plus nombreuses et ses défenseurs disparaissent petit à petit. Mais au milieu de cette discorde qui prend de l’ampleur, le maillon fort de cette direction, représenté par Alkorta et Elizegi, est inflexible et affiche continuellement son soutien à l’entraîneur.

La saison avance, avec la SuperCopa en approche à la mi-janvier, et Garitano est toujours là, résistant tant bien que mal à la pression et à l’environnement extérieurs au club. Critiques et dénonciations s’accumulent. L’Assemblée Générale se tient ce dimanche 27 décembre 2020 et une partie des socios promet de faire bloc à la gestion de la présidence de Aitor Elizegi.

Le mercato, un chantier raté qui tourne au ridicule

L’Athletic Club n’est pas l’équipe la plus active au mercato. Depuis les massives arrivées de 2018 et le départ de Kepa, le club n’a que très peu recruté. Cette direction s’est donc peu employée dans le domaine des transferts. Et pourtant, le peu qui a été effectué dans ce secteur de la gestion s’est révélé être laborieux, voire même ridicule.

Deux semaines après son arrivée à l’Athletic, la direction officialise le retour de Ibai Gómez en provenance du Deportio Alavés. A la fin de ce mois de janvier 2019, le club signe Kenan Kodro. L’avant-centre arrive de Copenhague, totalement inconnu du public rojiblanco.

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Kenan Kodro, enlacé par Ibai Gómez, lors de son premier but en tant que lion (crédit photo : Deia)

Aujourd’hui, la rentabilité de ces deux transferts est plus que décriée. Chouchou du public pour son brillant passé chez les Basques, Ibai est inutilisé par Garitano, ne disposant d’aucun temps de jeu. Les supporters estiment que le faire revenir a été une profonde erreur. Abattu par les blessures, l’ailier ne figure pas dans les plans du staff.

Kenan Kodro vit également une situation plus ou moins similaire. L’attaquant est bosniaque de nationalité mais est originaire de San Sebastián, et donc éligible à défendre les couleurs du club basé à San Mamés. Son temps de jeu est également très maigre et l’ancien joueur de Copenhague doit se contenter de miettes.

Mais les erreurs ne s’arrêtent pas là. En juillet 2019, l’équipe féminine s’offre les services de l’Allemande Bibiane Schulze Solano. Selon les supporters, la joueuse ne complète pas tous les critères la permettant d’intégrer le club. Certains vont même à faire des recherches sur sa généalogie, afin de vérifier la véracité de ses origines basques. Cet accrochage à la philosophie du club fait tâche.

Enfin, lors de cet été 2020, dans une forte tourmente institutionnelle, l’Athletic se voit dans l’obligation d’apaiser les esprits et enregistre la venue de Álex Berenguer. L’ailier débarque en provenance du Torino et voit enfin son transfert devenir officiel, après avoir été l’objet de multiples rumeurs estivales au cours des dernières saisons. Le prix de douze millions d’euros parait beaucoup trop important pour certains supporters mais l’objectif est aussi de ramener un élément capable de relancer l’équipe. Lors de ses premiers mois, l’ailier originaire de Navarre semble plaire mais doit encore prouver davantage.

Álex Berenguer debuts as a lion | Athletic Club
L’ailier apporte sa technique et sa vitesse pour diversifier l’attaque des Leones (crédit photo : Athletic Club)

L’Athletic est donc un club qui vit surtout grâce à son centre de formation plutôt qu’aux transferts. Et pourtant, ce chantier raté ne s’arrête pas là et a été d’une incompétence inquiétante au cours de l’été 2020. Rumeur principale du mercato estival, le dossier Javi Martínez a fait beaucoup parler. En plus des supporters divisés par son retour, les médias aussi étaient désunis. En août et septembre, les médias allemands annoncent que le retour du milieu est imminent et que le Bayern a trouvé un accord avec l’Athletic pour le montant du transfert.

Les médias basques partagent un point de vue opposé. Après avoir dans un premier temps déclaré le retour de Javi Martínez comme proche plutôt dans l’été, les journaux déclarent ensuite que le joueur et le club ne trouvent pas d’accord sur le salaire. Une partie du public zuri-gorriak s’impatiente dans ce dossier et s’agace du ridicule qu’offre le club dans la presse. Petit à petit, l’illusion prend fin tandis que le milieu semble éteindre les doutes sur son futur en octobre et restera bien à Munich cette saison, avant d’y achever son contrat en 2021.

Lors des ultimes jours du mercato estival, la rumeur Fernando Llorente naît du côté de Bilbao. L’attaquant du Napoli est surveillé par l’Athletic, selon la volonté de Garitano qui se plaint de manquer de buteurs et, à priori, de celle des joueurs. Jusqu’à la clôture du marché des transferts, la venue du joueur du Napoli semble possible tandis que, là encore, les supporters ne sont pas tous du même avis. Au final, l’ancien joueur de l’entité basque ne reviendra pas. A ce moment, la capacité de gestion de Elizegi et Alkorta est fortement critiquée.

Dans les jours suivants, les informations d’un transfert raté tombent face à des supporters qui s’indignent de voir une Junta tant incompétente. La presse basque relaie le lendemain que le transfert aurait été gratuit, le joueur serait arrivé librement : le problème n’était donc pas économique, contrairement à ce que le club avait tenté de faire croire auparavant. Alors qu’une grande partie de la direction était favorable à signer Llorente, seulement trois membres ont fait bloc. On apprendra également que ces trois personnes n’occupent pas les fonctions les plus importantes au club. Une poignée de membres serait donc dominante face à la majorité incarnée par le directeur sportif, le président, le staff et les joueurs ? Un profond sentiment d’incompréhension s’installe au sein de l’afición.

Le scandale s’intensifie début octobre. Le lendemain de la fermeture du mercato, Rafa Alkorta présente Berenguer aux médias et n’évite pas les questions sur Llorente ainsi que sur son avenir. Si le directeur sportif déclare ne jamais avoir pensé à démissionner malgré cet échec, il informe les journalistes que ce sont les joueurs qui ont demandé à signer Llorente et que lui s’est ensuite activé sur le dossier sans pour autant parvenir à le boucler. La raison officielle s’apparente à « une décision du club ». Vague réponse pour des fans qui ne supportent plus cette situation.

Mais les aficionados ne sont pas au bout de leur peine. Deux jours plus tard, après quatre moi d’absence médiatique, le président est attendu en conférence de presse pour aborder divers points. Interrogé sur le cas Llorente, le président s’emmêle les pinceaux face aux journalistes et donne une version différente du déroulement du scénario que celle livrée par Alkorta.

Présent parmi le public, le directeur sportif s’en prend au journaliste posant la question. Après avoir ouvertement reconnu le mardi que les joueurs avaient sollicité le directeur sportif pour avancer sur le dossier Llorente, Alkorta nie en bloc et s’aligne sur la version de son président. Ce jeudi 8 octobre, lors de la conférence de presse de Elizegi, le Basque s’offusque et se contredit : « Je n’ai jamais dit que les joueurs avaient demandé la signature de Llorente ». Parmi supporters, la stupeur est immense face à un scénario aussi ridicule tandis que l’image du club se dégrade dans les médias. Le mercato a été le synonyme d’un vrai fiasco et le reflet d’une incapacité à collaborer au sein de la direction.

Des lacunes de communication importantes

La communication est également l’un des grands défauts de cette présidence. A plusieurs reprises, les socios apprennent la création de projets par le biais des médias avant de l’apprendre par le biais du club, officiellement. Le média basque El Correo est qualifié par certains supporters comme « l’outil de propagande » de Elizegi. Le journal est proche du club et publie des informations que les fans estiment qu’ils n’auraient pas dû connaître. Plus généralement, les fuites dans la presse sont courantes.

Les compositions d’équipes sont parfois connues plusieurs jours avant le match tandis que le récent projet de rénovation du centre d’entraînement a d’abord été présenté dans les journaux avant de l’être par le club. Néanmoins, le club semble avoir progressé au développement de ses réseaux sociaux (Twitter, YouTube…) avec la création de contenu innovant mais doit davantage informer ses supporters et socios des décisions qui sont prises. Directeur de la communication, Niko Cuenca y est pour beaucoup dans ce dossier et s’affiche souvent comme la proie des critiques.

Récemment, une partie des supporters accusait Elizegi d’avoir menti dans la dossier Javi Martínez en grossissant l’affaire. Lors du retour de la presse à Lezama en septembre, une vidéo n’a pas échappée aux supporters. Tandis qu’un journaliste filme brièvement l’entraînement des joueurs, s’entend en fond une personne dire : « Nous avons pensé que si dans Marca vous alimentiez le dossier, nous pourrions vous donner… ». Très vite, on comprend qu’une personne du club demande à évoquer fortement la rumeur du retour du milieu du Bayern à l’Athletic dans le quotidien espagnol. Fait commun dans beaucoup de clubs, certes, mais qui agace le public basque.

El segundo examen de Aitor Elizegi ante los socios llega en el momento más  delicado | Athletic | Naiz
Promesse de campagne, la communication de la présidence Elizegi est un raté total pour le moment (crédit photo : Naiz)

Les supporters ne sont pas les uniques victimes de ces erreurs de communication. Les joueurs sont aussi concernés. C’est le cas de Markel Susaeta, qui a quitté le club en fin de contrat à l’issue de la saison 2018/19. Capitaine du club et emblème historique, la direction ne communique aucune information au joueur sur son futur au cours de la saison. Dans le flou complet durant plusieurs mois, le joueur voit son temps de jeu diminuer aussi à cause de son niveau avant d’organiser une conférence de presse d’adieux dans laquelle il finira en pleurs.

Un an plus tard, l’histoire se répète. En fin de contrat le 30 juin 2020, Beñat et Mikel San José ne sont pas tenus au courant de leur avenir. Les deux joueurs souhaitent prolonger mais le club reste très longtemps muet sur ce sujet. Au final, les deux joueurs publieront fin juin une carte dans laquelle ils expliquent qu’ils ont accepté de prolonger jusqu’à la fin de saison, en juillet, mais sans toucher de salaire. Le club leur garantira seulement une assure en cas de blessure. Le club, lui, communiquera de façon officielle une semaine après que les deux joueurs resteront. C’en est trop pour des supporters qui estiment que ces deux joueurs historiques ont été insultés par le club. Le divorce entre la direction et le public se consomme de plus en plus.

INSIDE I The tribute to Beñat and San José | Athletic Club
Beñat et San José, lors de leur denier match à San Mamés (crédit photo : Athletic Club)

Mikel San José déclarera par la suite : « Il s’est passé des choses que je préfère ne pas commenter. Chacun sait quel rôle il a joué dans cette affaire ». Le milieu est évidemment pleinement soutenu par les supporters.

En conférence de presse, en plus de l’évènement Llorente évoqué auparavant, le club se ridiculise davantage. Lors du bilan de fin de saison 2019/20 organisé par Alkorta en juillet 2020, le scandale s’aggrave. Le directeur sportif déclare d’abord que le club ne peut rien entreprendre avec des joueurs pour qui il faudra payer un transfert, en raison de la difficile situation économique.

A cette période, le club suit, selon les rumeurs, la situation de Merquelanz, joueur talentueux de la Real Sociedad à qui il reste un an de contrat. Interrogé sur l’intérêt du club, le directeur sportif ne sait pas si le joueur qu’il suit a prolongé et demande à l’attaché de presse du club.

Par la suite, le ridicule se poursuit lorsque Alkorta se montre incapable de citer les joueurs qui feront la pré-saison avec l’équipe première ou en faisant erreur sur les données des contrats de certains de ses joueurs. Questionné sur la rentabilité des transferts de Ibai Gómez ou Kenan Kodro, le directeur sportif ironise de la situation de ces joueurs en les qualifiant de « transferts stars ». La conférence de presse s’achèvera sur une remarque de Alkorta, souhaitant ironiquement de bonnes vacances aux journalistes avec peu de classe.

En novembre dernier, les supporters font part de leur mécontentement d’une manière particulière. Certains suiveurs du club ont payé des Mariachis, des chanteurs mexicains, pour venir danser et chanter devant Ibaigane (bureaux de la direction de l’Athletic, NDLR). Une partie des supporters ne partage pas ce mouvement car l’image de leur club est moquée et ridiculisée, une fois de plus. Au fil du temps, l’Athletic semble perdre cette image de respect et de sérieux qu’il possédait, entre la mauvaise gestion du club et l’impatience du public basque.

Du positif dans une gestion plus que discutable ?

Malgré l’échec assez visible de ces deux premières années de mandat, Aitor Elizegi a réussi à changer le club de façon assez positive dans certains secteurs mais ce renouveau de bonne augure est maigre. L’Athletic a réalisé le bon coup de l’été en nouant un partenariat avec Antiguoko pour le développement de la formation des jeunes. Antiguoko est l’un des 154 clubs agréés à l’Athletic dans ce secteur et était, jusqu’à cet été, partenaire avec son rival historique, la Real Sociedad.

Le club avance aussi sur un projet très attendu qui doit être voté lors de l’Assemblée Générale. La direction de l’Athletic a pour but de réaliser une grada de animación, tant réclamée depuis des années, ce que l’on qualifierait de kop en France. Un projet qui plait, d’autant plus à un public réputé pour sa capacité à mettre le feu aux tribunes et à créer une ambiance remarquable. Si le projet est approuvé, il devrait accueillir plus de 2000 supporters dans la Tribune Nord en 2022. Néanmoins, plusieurs divergences ont lieu car l’occupation de certains groupes de supporters dans le stade est menacée et ces derniers pourraient être contraints de se déplacer à un autre emplacement. Les supporters pointent ici l’unilatéralisme de Elizegi qui ne semble pas tenir compte de ces groupes qui s’opposent à ce projet.

Perturbée par la crise économique, la situation financière de l’Athletic ne se dégrade pas pour autant. L’entité basque dispose de ressources importantes qui s’appliqueront principalement sur le long-terme. Le média Foot Espagne dresse d’ailleurs la situation financière de l’équipe rojiblanca, au cœur d’enjeux importants dans la situation du club et de cette Assemblée Générale.

Enfin, la tendance de la politique Elizegi vise aussi à revoir le statut de certains joueurs au sein de l’équipe. Depuis sa campagne électorale, le président de l’Athletic déclare qu’il veut retirer les clauses libératoires des contrats des joueurs de l’effectif. Il faut dire que l’idée plaît du côté de San Mamés. Retirer les clauses libératoires permet au club et aux joueurs de rester liés et d’afficher un lien de soutien et de respect mutuel. Sans clause, un joueur ne peut partir que si le club accepte une offre ou qu’un accord est trouvé pour la rupture d’un contrat.

Dans un club où les bons joueurs se doivent d’être préservés, au vu de la politique de recrutement qui ne permet pas de recruter et vendre n’importe comment, cette mesure semble aller dans le sens des supporters. A l’heure actuelle, sept joueurs n’ont pas de clause libératoire. On retrouve des pièces importantes de l’effectif dans cette liste comme Iker Muniain, Unai Simón, Unai Núñez, Raúl García et des joueurs qui incarnent les valeurs du club. C’est le cas de Ibai Gómez, Mikel Balenziaga et Óscar De Marcos, attachés aux couleurs bilbaínas. Plusieurs projets et bonnes intentions sont donc évoqués à l’Athletic, mais infériorité en comparaison des évènements qui ont contribué à discréditer l’image du club.

La mi-mandat de Aitor Elizegi se déroule donc dans un environnement anxiogène et de tension, combiné à une crise sanitaire qui n’épargne personne. Aujourd’hui, nombreux sont les supporters qui se sentent trahis par cette Junta. Ceux qui jugeaient les paroles de Elizegi comme trompeuses en 2018 constatent qu’ils avaient vu juste. Les multiples erreurs de cette direction et sa gestion affligeante dégradent l’image du club mais sont aussi un frein aux résultats sportifs d’un club au passé riche et historique, entourés de supporters parfois nostalgiques et en quête de cet ancien temps brillant. Socios et supporters se devront de prendre leur mal en patience en attendant les élections que Elizegi a annoncé à l’issue de la fin 2021/22. En attendant, les supporters les plus motivés s’empressent de dénoncer la politique de la direction et l’option d’une motion de censure à l’encontre de cette Junta n’est pas encore réellement évoquée. Les prochains mois seront décisifs, tant sportivement que institutionnellement dans un club qui semble être à la dérive et dans la difficulté pour se relever.

Les jeux sont faits en Liga

C’est désormais officiel, dès la fin du mois d’août 2021 (la date du 30 a été avancée, sans certitudes encore), les clubs de football espagnols ne pourront plus nouer de partenariats de sponsoring avec des entreprises de paris sportifs.

Un mini-séisme au-delà des Pyrénées, tant ces sociétés ont apposé leur marque culturellement et économiquement. Au début de la décennie, déjà, le Real Madrid faisait la promotion de Bwin dans une publicité tape-à-l’œil où figuraient entre autres ses stars Karim Benzema et Sergio Ramos.

Un business fructueux qui rapporte énormément à toutes les équipes, d’où l’importance de cette interdiction qui pourrait ainsi faire très mal aux porte-monnaie de plusieurs clubs. Début 2019, 19 clubs de Liga sur 20 étaient sponsorisés par des marques de paris sportifs, seule la Real Sociedad faisant bande à part après avoir par le passé déjà collaboré avec la franchise Betway. Cette année encore, ce ne sont pas moins de sept clubs de l’élite qui affichent un site de paris comme sponsor principal sur leur maillot, à savoir les deux clubs de Sevilla, Granada, Alavés, Valence, Cádiz et Levante. Le gouvernement a fait savoir à 25 clubs au total qu’ils devaient rompre leurs contrats avec ces entreprises, le tout sur un délai d’un an.

C:\Users\dylan\AppData\Local\Microsoft\Windows\INetCache\Content.Word\EkiBIIDXIAIE_Cs.jpgGranada, ici face au Sevilla FC (sponsorisé par Marathon Bet), pourra au moins éviter les tacles de son propre sponsor Winamax sur Twitter (crédit photo : Sportbuisness Mag)

A titre de comparaison, on dénombre neuf sociétés de paris sportifs sponsorisant des clubs de première division en France en 2020 (Winamax, Pasino Bet, Pokerstars, Parions Sport, PMU, Betclic, VBet, Unibet et Zebet), signe là encore de l’ancrage du succès de ces entreprises dans le football moderne. Cette législation peut paraître particulièrement sévère pour des clubs ayant basé leur économie sur les revenus liés à ces sponsorings. Mais en réalité, c’est une mesure devenue nécessaire pour contrecarrer l’influence grandissante des sociétés de paris sportifs en Espagne depuis des années.

En Espagne, on parie que vous allez payer…

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Les casa apuestas sont partout dans Madrid, qui comptait 362 établissements de ce genre début 2020 (Crédit photo : El Pais)

Il faut avant tout plonger dans l’atmosphère du jeu chez nos voisins ibériques pour mieux saisir la situation. Dans un pays où le taux de chômage équivaut au double de la moyenne européenne (15,3% contre 8% dans la zone euro fin juillet 2020), le jeu apparaît comme un moyen d’échapper à la réalité, à l’instar de nombreuses dépendances. Mais là où certaines addictions sont marginalisées (alcool, drogue…), le tabou qui règne autour du jeu depuis longtemps a laissé libre court à toutes les dérives. Pire encore, tout est fait pour inciter le citoyen espagnol à s’adonner à la pratique avec le concept des maisons de jeu (ou « casa apuestas »).

Dans ces salons, normalement interdits aux mineurs, on peut venir boire à prix réduit, jouer à toutes sortes de jeux d’argent, mais aussi parier et suivre les retransmissions sportives. Un cadre attrayant et très populaire, puisque la ville de Madrid comptait 362 boutiques de ce genre début 2020, plus que toute autre ville au monde. Mais cette facilité d’accès à ses répercussions. La pratique est incontrôlée chez de nombreux joueurs, et le nombre de ludopathes déclarés ne cesse d’augmenter, tout comme les associations d’aides pour ces personnes. L’addiction est telle que bon nombre de clients vont eux-mêmes réclamer auprès de la police une interdiction d’accéder à ces lieux, un chiffre qui montait à 17700 en 2017 !

Autre motif d’inquiétude, cette clientèle se fait de plus en plus jeune, avec le développement des paris sportifs ! Friande de sport, et en particulier de football, discipline la plus populaire sur les sites de paris, la jeunesse est forcément une cible de choix dans un pays aussi attaché à sa culture sportive. Alors que la règlementation en vigueur délimitait, dans les faits, un espace minimum de 500 mètres entre tout établissement scolaire et une « casa apuestas » (maison de jeu), 144 boutiques de ce genre enfreignent cette loi, et 25 d’entre elles se situent même à moins de 100 mètres de collèges et autres écoles.

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L’exemple frappant du collège Agustina Diez, à Madrid. Quatre maisons de jeu se trouvent à moins de 500 mètres de l’établissement, dont une à quelques pas.

Et les responsables ne semblent pas contre ce rajeunissement de leur clientèle, puisque ces quatre dernières années, 40% des nouveaux joueurs étaient âgés de 18 à 25 ans. 

Une contestation élevée sur tous les terrains

Manifestation contre la prolifération des maisons de jeu le 6 Octobre 2019, dans les rues de Madrid (Crédit photo : El Pais)

Pour autant, malgré l’emprise croissante de l’industrie du jeu sur la société espagnole, les voix dissonantes se font de plus en plus nombreuses à l’encontre de ce modèle. Des manifestations sont organisées en ce sens, mais la plus marquante s’est déroulée à Madrid le 6 octobre 2019.  Confinement oblige, les opposants n’ont pu revenir dans la rue comme il était prévu le 23 mai dernier, mais une autre date est prévue pour le 13 décembre. Certains vont même encore plus loin, à l’image du groupe « Apuesta por tu barrio » (En français, « Mise sur ton quartier »). Derrière ce slogan, on retrouve un groupe de partisans d’extrême gauche prêts à vandaliser les façades des maisons de jeu de Madrid pour y afficher des messages hostiles. Un mode opératoire radical mais qui souligne la volonté pour de nombreux espagnols de proscrire le jeu et les paris sportifs de leurs quartiers.

S’associer aux paris sportifs, c’est également une affaire très sérieuse aux yeux des supporters de clubs espagnols. Si la majorité des clubs espagnols sont associés à ce business avant le passage de cette loi, peu d’aficionados voient d’un bon œil ce sponsoring. Le cas de la Real Sociedad constitue un exemple symbolique : Seul club de Liga l’an passé à ne pas avoir cédé aux sirènes des contrats avec ces marques, le club basque était sponsorisé par Betway entre 2016 et 2018. Au moment de la renégociation, l’entreprise a proposé une offre faramineuse de 3 millions aux Txuri-Urdin, mais la direction n’a pas voulu se décider et a laissé ses supporters s’exprimer dans un référendum populaire. Résultat, 86% de l’afición s’opposait à ce partenariat, au motif que les valeurs de la marque ne correspondaient pas à celles du club. Dans les divisions inférieures, le mépris pour ces partenariats est plus prononcé encore, en atteste certains exemples comme les statuts de l’Independiente de Vallecas, qui proscrit du club nazis et maisons de jeu. De quoi donner une idée de l’ampleur du rejet.

Loin des débats engagés dans la société, le monde du football se fait globalement assez discret sur le sujet. Mais certains acteurs ont malgré tout évoqué le sujet pour affirmer leur hostilité à ce phénomène, à l’image de Borja Iglesias dans une réponse sur Twitter sans équivoque. Le journaliste pour la UAB, Albert Ortega, énumérait les spots publicitaires qu’il voyait au cours de la mi-temps de la rencontre opposant le Celta Vigo à Eibar : « Paris sportifs, voiture, paris sportifs, voiture, paris sportifs, paris sportifs, jeux vidéo, paris sportifs… ». En guise de réaction, l’attaquant andalou se fend d’un simple mais très éloquent : « C’est une honte… »

Deux autres joueurs avaient également pris la parole, David Carmona (Real Betis) et Dani Giménez (Sans club, anciennement au Deportivo la Corogne). Alors qu’il évoluait au Racing Santander, le premier regrettait sur Twitter « qu’une drogue qui détruit tant de gens comme le jeu soit promue dans notre sport », insistant sur cette comparaison avec les drogues en soulignant qu’avec « ces publicités aussi fréquentes, c’est comme si on poussait à en consommer ». S’il a supprimé ses messages depuis, ce n’est pas le cas du gardien Giménez, interrogé au micro de Marca après des soupçons de corruption sur un coéquipier de son équipe. Peu tendre à l’égard de cette tendance, il déclarait ainsi :

« Personne n’aime que les bookmakers soient dans les quartiers populaires et qu’ils profitent de ceux qui ont le moins de ressources. Au final, ils sponsorisent des équipes, des compétitions, et j’espère qu’il n’est pas trop tard pour que nous nous en rendions compte »

En attendant de voir l’application réelle de cette loi, Giménez semble visiblement avoir été entendu.

Un tournant radical signé Alberto Garzón

Le ministre de la Consommation et nouveau meilleur ami de Javier Tebas, Alberto Garzón (Crédit photo : AFP)

L’homme derrière cette mesure s’appelle Alberto Garzón, celui qui déclarait en 2015, pour Panenka : « Si votre nom est Messi, vous n’allez pas en prison », en référence aux déboires fiscaux connus par ce dernier. Pas la personne la moins à l’aise pour mettre les pieds dans le plat, comme vous l’aurez compris. Actuel ministre de la Consommation au sein du gouvernement de Pedro Sánchez, il représente Izquierda Unida depuis 2016, une coalition de plusieurs gauches oscillant autour du parti communiste. C’est d’ailleurs le premier communiste à accéder au statut de ministre depuis 1939, avec Yolanda Diaz, ministre du Travail et de l’Economie sociale. En tant que membre influent des Indignés au début des années 2010, il est fort logiquement témoin de la paupérisation d’une part de l’Espagne, des classes ciblées par l’empire des paris sportifs. 

Cette loi, le ministre l’a défendue dans un entretien pour Marca :

« Les footballeurs célèbres fonctionnent comme des clubs, ils renvoient une image par leurs agissements et un message au reste du pays. Les mineurs ne doivent pas normaliser une pratique aussi dangereuse, le sport peut et doit réorienter sa fonction sociale. Je suis convaincu que de nombreux joueurs professionnels sont concernés par cela. C’est une activité qui, au final, peut être très dérangeante pour la famille »

Garzon est d’ailleurs persuadé que les voix se délieront progressivement pour soutenir cette politique :

« Une fois que les partenariats de sponsoring auront cessé,  il n’y aura plus de risque de conflit d’intérêts et de nombreux joueurs seront encouragés à nous donner leur avis. C’est transversal : Footballeurs de gauche, de droite, apolitiques… il s’agit d’une mesure qui a reçu le soutien de la plupart des groupes de supporters et de la société civile en générale »

Il convient également de préciser que cette interdiction s’inscrit dans un corpus de nombreuses autres mesures à l’encontre de la publicité pour les paris sportifs, comme la limitation des publicités pour ces sociétés entre 1h et 5h du matin.

Grosse mesure, gros impact, grosses pertes ?

Problème, cette mesure déjà dévastatrice pour l’économie des clubs risque de faire plus de dégâts encore dans le contexte actuel. La recherche de sponsors était compliquée en raison de la pandémie de Covid-19, et l’urgence de la situation risque d’aggraver la donne. Le ministre concède la difficulté, mais insiste malgré tout chez Marca :

«Nous avons fixé un délai d’adaptation d’un an. On peut ne pas être d’accord mais la santé de tous doit prévaloir. Un an, c’est suffisant pour changer d’opérateur, certains avaient déjà commencé à le faire de façon préventive »

L’application sera-t-elle réellement effective ? Une première loi sur le jeu avait déjà été tentée en 2011, comportant de nombreuses mesures, mais il a fallu neuf ans pour convertir le pari par des actions concrètes. Preuve en est que le projet est particulièrement sensible et se heurte à de nombreux adversaires, à commencer par le patron de la Liga, Javier Tebas. Le président du championnat a ainsi évoqué le sujet, en Octobre dernier, lors d’une conférence à l’Université Cardenal Herrera CEU :

« C’est une question importante car le monde du jeu est sauvage, mais c’est un monde qu’il faudrait réglementer plutôt qu’interdire Le parrainage des bookmakers est essentiel puisque ces derniers assurent au football espagnol près de 90 millions d’euros ».

Cette mesure pourrait selon lui signifier un affaiblissement des clubs espagnols et, à terme, une perte des talents en Liga : « Nous sommes le pays qui traite de la pire manière ses athlètes. Cela va rendre le championnat moins compétitif, LaLiga, c’est une industrie, une marque qui compte énormément d’emplois »

« Le monde du jeu est sauvage, mais c’est un monde qu’il faudrait réglementer plutôt qu’interdire »

L’opinion de Javier Tebas vis à vis de ces nouvelles mesures

Garzon soulignait également l’une des failles que pourrait connaître cette mesure, avec les rencontres se déroulant au-delà des frontières espagnoles, comme en Coupe d’Europe ou lors des tournois de présaison, et impliquant des pays et des clubs qui n’interdisent pas ces types de sponsorings : « La technologie pourra peut-être nous permettre d’éviter la mise en avant de ces publicités». Tebas, lui, se moquait déjà des probables incohérences lors de retransmissions d’évènements mondialement connus comme le Tour de France ou les Grand Prix de Formule 1. 

Preuve en est que le pari sera dur à relever…

Luis Suárez : à l’aube d’une revanche ?

Ce soir, à l’Allianz Arena, l’Atlético de Madrid affronte le Bayern Munich, récent vainqueur de la Ligue des champions. Un test grandeur nature pour les joueurs d’El Cholo mais aussi l’occasion pour Luis Suárez de démontrer qu’un grand attaquant ne meurt jamais. Ou alors plus tard que l’on ne l’aurait imaginé.

« Je suis revenu au fait de profiter, au fait d’être valorisé en tant que joueur, au fait d’être aimé ». Le 9 octobre dernier, en marge de la victoire de l’Uruguay contre le Chili (2-1) durant laquelle il a marqué, El Pistolero résumait parfaitement son récent transfert. Le goleador avait quitté le FC Barcelone en pleurs, blessé d’être si mal remercié.

Aujourd’hui, il est heureux à la pointe de l’attaque de l’Atlético de Madrid. Pour autant, l’Uruguayen éprouve toujours de la rancœur envers son ancien club comme il s’en est expliqué auprès de ESPN Argentina.

« Ce qui dérange, ce sont les formes, qu’un coach (Koeman) vienne en disant qu’il ne compte pas sur moi alors que la direction avait déjà dit qu’il y aurait des changements. Cela pose la question de savoir si c’est vraiment le coach qui ne t’aime pas […] Personne au club ne m’avait rien dit jusqu’à l’appel du coach »

Du côté des Colchoneros, l’entraîneur Diego Simeone s’est réjoui d’une telle opportunité, résumant au passage l’enjeu de cette transaction. « Il savait que c’était l’endroit pour continuer de montrer qu’il est un attaquant important » déclarait-t-il en conférence de presse avant d’affronter Granada, pour le premier match de la saison. 

Un départ canon

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Luis Suárez après avoir inscrit son second but face à Granada (crédit : Evening Standard)

El Cholo ne croyait pas si bien dire. Entré à ving minutes de la fin, l’ancien des Reds a parachevé le succès des siens (6-1) d’un doublé tout en offrant une passe décisive à Marcos Llorente. Des débuts en fanfare qui rappellent que le grand attaquant est une espèce rare. Ce n’est pas pour rien si les numéros 9 à fort potentiel s’arrachent à prix d’or. Victor Osimhen, acheté au LOSC par le Napoli pour la somme de 80 millions d’euros, n’est que le dernier exemple d’une longue liste.

Seulement, les clubs, obnubilés par la recherche du joueur à fort potentiel, oublient parfois ce qu’ils ont entre les mains. Prenons le temps de faire exception au Milan AC qui remercie encore Zlatan Ibrahimovic, 39 ans, pour son doublé contre l’Inter ce week-end. Pour revenir au sujet qui nous intéresse, le mieux est de retranscrire ce qu’en disait récemment la légende blaugrana Rivaldo dans un entretien au quotidien espagnol AS.

« Il est difficile pour le FC Barcelone de signer quelqu’un avec les caractéristiques et l’esprit combatif que Luis Suárez offrait »

Une remarque judicieuse à laquelle on peut ajouter deux observations supplémentaires. D’abord, la difficulté de Griezmann à convaincre en position de numéro 9. Ensuite, fait non négligeable, le Barça n’a pas trouvé de remplaçant à Luis Suárez. Un temps pressenti pour rejoindre son ancien sélectionneur, Memphis Depay joue toujours à l’OL.

Encore tout à prouver

Espagne - Barça - Âge, méforme et perte de confiance : Luis Suarez (FC  Barcelone) est-il sur la fin ? - France Football
Luis Suárez n’a pas marqué à l’extérieur en Ligue des champions depuis 22 matchs (crédit : France Football)

De là à dire que le Pistolero est de retour à son meilleur niveau et que le club catalan peut se mordre les doigts, il y a un pas. Il est encore trop tôt pour le franchir. N’en déplaise à ceux qui rappellent qu’avec un but toutes les 53 minutes, le natif de Salto réalise un meilleur début de saison que toutes les anciennes idoles du Vicente Calderón. Faire mieux que Falcao et consorts n’est pas rien mais cette statistique est avant tout un symbole.

Elle ne doit pas passer sous silence le fait que Suárez peut également gâcher des munitions importantes. Il l’a rappelé lorsque l’Atleti affrontait le promu Huesca (0-0) pour le compte de la seconde journée de Liga. En deuxième mi-temps, lancé idéalement par João Felix, il n’avait pas réussi à tromper Andrés Fernández.

À l’Atlético, personne ne lui en voudra, encore moins s’il parvient à se distinguer contre le Bayern Munich. C’est là, en terres européennes, que le débat pourra se trancher. En effet, la réalité des dernières années, bien que déstabilisée par le duo Messi-Ronaldo, nous apprend qu’au moment de désigner un grand joueur, la Ligue des champions fait souvent office de juge de paix. Si Suárez plante une vingtaine de pions en Liga, les Colchoneros s’en réjouiront mais les Blaugranas ne seront pas envahis par les remords. D’ailleurs, il ne faut pas oublier qu’en Ligue des champions, en dehors du Camp Nou, Suárez n’a toujours pas réussi à trouver le chemin des filets depuis 2015. Alors, pour savoir si le cru uruguayen devient meilleur avec l’âge, rien de mieux que de le goûter à l’instant fatidique. En brillant ce soir, Suárez prouverait qu’il reste l’un des meilleurs à son poste. Il tiendrait sa revanche. En attendant, il n’a fait que confirmer aux observateurs qu’il est un excellant attaquant.

Barça : comment en est-on arrivé là

A l’heure où débute la nouvelle saison, une question se pose chez les Catalans : quel visage affichera le Barca durant l’exercice 2020-21 ? A la sortie de l’été, le club est ancré dans une crise sportive, extra-sportive et identitaire et l’avenir peut sembler sombre au-dessus du Camp Nou, si rien ne change. Après avoir subi une troisième humiliation d’affilée sur la scène européenne, après avoir conclu leur première année blanche depuis 2008 et à la suite d’un mercato où les tensions joueurs/direction ont atteint leur paroxysme avec l’envie de départ de Messi, de nombreuses interrogations peuvent être émises. Pourtant, il y a quelques années encore, le club était au sommet. Comment en est-on arrivé à cette situation ?

Des recrues qui posent questions, des scandales extra-sportifs qui viennent entacher l’image du club et des tensions toujours plus vives au sein même de la direction : voilà comment on pourrait résumer aujourd’hui la gestion du club, sur ces dernières années. Au centre des critiques et dorénavant dans le viseur des socios, avec une motion de censure à son égard, Bartomeu n’a jamais paru si seul. Le Barça a souvent connu des problèmes directionnels durant son histoire et a longtemps été en retard à l’échelle internationale, mais s’en est tiré grâce à des hommes forts pour devenir l’un des clubs les plus puissants du monde. Petit résumé de la gestion du club, épicentre des maux de tête blaugranas.

De 1990 à 2010, entre âge d’or et crise : la construction d’un Barca au sommet

Dans les années 90, le Barca vit son premier âge d’or. Lluís Núñez, mythique président du club depuis 1978 (président entre 1978-2000), travaille depuis des années pour faire grandir le Barca. Dans cet optique de faire passer un cap au club (comme celui de gagner enfin la Ligue des Champions), il va nommer Johan Cruyff à la tête de l’équipe première en 1988. Dès lors, le club entraîné par sa star néerlandaise (1988-1996) est au sommet de l’Espagne avec 4 titres consécutifs entre 1990 et 1994, mais également au sommet de l’Europe : les Blaugranas remportent enfin leur première C1 en 1992, sur un missile de Koeman. En plus de gagner, le club se crée une véritable philosophie, avec un jeu tourné vers l’attaque et une confiance prononcée envers les jeunes, caractérisée par le développement de la Masia et la formation de pépites. La Dream Team impressionne tout le monde et pose les bases solides d’une identité culturelle propre au Barca et reconnue de tous.

Après le départ de Cruyff et malgré un répit sous Van Gaal (1997-2000), le club va subir une très profonde crise au début du XXIe siècle. La présidence de Gaspart (2000-2003) est un véritable échec, sur tous les plans. Au niveau du sportif, le Barca va enchaîner cinq saisons sans gagner le moindre titre (1999-2004), terminant même sur une sixième place en 2003. Quatre entraîneurs différents se succèdent durant cette période, dont le retour de Van Gaal, mais rien ne change. Sur l’aspect financier, des millions d’euros seront jetés dans des transferts afin de contrer et rivaliser avec la politique des « Galacticos » de Florentino Pérez, au Real Madrid qui, part ailleurs, impressionne le monde entier à cette époque. Cependant, bon nombre de ces transferts s’avéreront être des échecs (Rochemback, Geovanni, Petit etc…) et le club s’endette… La situation sportive et politique étant très compliquées, et la direction sous le feu des critiques, Gaspart démissionne de son poste en février 2003. Le FC Barcelone sort meurtri de ses années de présidence.

Johan Cruyff et Gaspart, deux hommes qui représentent deux périodes bien différentes l’une de l’autre. (crédit image: Penya Blaugrana de Paris)

De nouvelles élections sont organisées et Joan Laporta (2003-2010) est élu. C’est un homme politique et ancien avocat. Il apparait pour la première fois dans l’histoire du FC Barcelone à la fin des années 90, en participant à une motion de censure contre le président Núñez. A ses côtés, se trouve Sandro Rosell (vice-président 2003-05, puis président de 2010 à 2014), qui va le soutenir dans sa campagne puis devenir son vice-président à son élection. La mission de Laporta est lourde : rebâtir le FC Barcelone. Pour cela, il instaure Franck Rijkaard (2003-2008) à la tête de l’équipe, sous les conseils de Cruyff, avec qui il est très proche. Il fait également venir un certain Ronaldinho (2003-2008). La première saison est laborieuse, avec une première partie très compliquée où le Barca déçoit et se retrouve très loin du Real. Rijkaard est même menacé. Mais le travail paye et il va finalement trouver la bonne formule : le Barca finit second en fin de saison. L’entraineur néerlandais est maintenu et durant l’été 2004, le club recrute ce qui deviendra des stars du club, tels que Deco (2004-2008), Eto’o (2004-2009) ou encore Giuly (2004-2007).

La saison est une totale réussite et le Barca remporte la Liga à la fin. Fort de son succès national, l’équipe enchainera avec un second championnat de suite mais surtout, le club remportera sa deuxième Ligue des Champions en 2006 ! Le premier mandat de Laporta est une réussite sportive, économique et sociale. En l’espace de 3 ans, le Barca est au sommet de l’Europe, a comblé une partie des dettes et arrêté les transferts inutiles pour instaurer une réelle réussite sportive. Le club a même dans son effectif le Ballon d’Or 2005. L’équipe voit également éclore un certain Lionel Messi. Le seul point noir est le cas Rosell. En 2005, le vice-président démissionne à la surprise générale de son poste et devient l’un des principaux opposants à Laporta durant le reste du mandat.

Histoire du FC Barcelone Saison 2005/2006 - FC Barcelona Clan
Le Barça remporte sa seconde ligue des champions face à Arsenal (crédit image : fcbarcelonaclan.com)

Laporta est réélu en 2006. Son second mandat commence de manière difficile : le Barca perd la Liga en 2007 et 2008. Pire, le club ne gagne aucun trophée durant l’année 2008 ! L’équipe est à bout de souffle et doit gérer des problèmes extra-sportifs, avec Ronaldinho notamment. Laporta est en danger et certains journaux demandent même sa démission. Une motion de censure est lancée à son égard par Rosell, mais n’aboutit pas (seuls 60% des socios votent contre son éviction, 66% étant nécessaire, NDLR).

L’été 2008 fait office de grand ménage : Rijkaard est démis de ses fonctions, Ronaldinho et Deco quittent le club. Laporta va alors nommer Pep Guardiola (2008-2012) à la tête de l’équipe première. L’arrivée du Catalan, alors entraineur de l’équipe B, va marquer un tournant dans l’histoire du club et la suite, tout le monde la connait : l’équipe réalise un sextuplé inédit en 2009. Le Barca joue son meilleur football et impressionne le monde entier. Messi remporte même quatre Ballons d’Or de suite, entre 2008 et 2012. Au niveau du contenu proposé, ce Barca devient une référence, avec un jeu de position parfaitement maitrisé inspiré de Cruyff et un « tiki-taka » reconnu de tous. Le club s’appuie également sur son centre de formation, la Masia : énormément de joueur sont formés au club et de nombreux nouveaux jeunes font régulièrement leurs apparitions avec l’équipe première. La consécration arrive en 2010 lorsque 3 Masians sont placés sur le podium du Ballon d’Or, une performance inouïe (Messi – Xavi- Iniesta).

L’été 2010 marque la fin du mandat de Laporta, ne pouvant pas se présenter trois fois consécutives. Ses années à la tête du club sont glorieuses : il a réussi à redresser le club d’une situation désastreuse, par des choix forts, un recrutement intelligent et une confiance en ses entraineurs. Il installe une politique sportive basée sur le long terme : le Barca achète des joueurs jeunes, des talents à progresser sur plusieurs années (Ronaldinho, Eto’o, etc…) et mise également sur son centre de formation, avec un effectif en grande parti formé à la maison. Laporta part en plein âge d’or avec un travail reconnu par beaucoup. Au cours de son mandat, le club remporte notamment deux Champions League et quatre fois la Liga, les revenus ont augmenté de 300% et le nombre de socios du club a explosé !

Joan Laporta, le président qui a relancé le Barca ! (crédit image :football365.fr)

Les années Rosell-Bartomeu : un changement de politique sportive qui interroge.

L’été 2010 est marqué par la victoire de l’Espagne à la Coupe du Monde. Si à Barcelone on se félicite qu’autant de joueurs formés ou jouant au club soient présents dans cette équipe, l’évènement de l’été correspond surtout au changement de président. C’est Sandro Rosell est élu en juin 2010 et devient le 39ème président de l’histoire du club. Il a donc anciennement travaillé sous Laporta, qu’il a soutenu durant les élections de 2003 et est même devenu son vice-président : il est le n°2 du club.

Rosell était notamment fortement impliqué dans le recrutement de Ronaldinho. Mais en juin 2005, celui-ci avait démissionné avec fracas de son poste. Il était en désaccord profond avec Laporta sur le recrutement de Eto’o ou le maintien de Rijkaard par exemple. A partir de cet instant, il est devenu le principal opposant à Laporta : il ne cessera de critiquer son ancien président et c’est même lui qui lance la motion de censure contre Laporta en 2008. Rosell a une image « d’anti-Cruyff » auprès de certains supporters. Son arrivée au pouvoir va marquer le début d’un changement de politique sportive au sein de la direction.

Ancien vice-président, Rosell accède dorénavant au poste de président (crédit image : Eurosport)

La première grande décision que va prendre Rosell est au niveau du sponsor. A partir de 2011, le maillot du Barca sera sponsorisé par « Qatar Fondation », à la hauteur d’un montant de 30 millions d’euros par saison, jusqu’en 2016. Une décision qui peut paraître anodine pour n’importe quel club, c’est un nouveau sponsor, mais qui est une décision historique pour le Barca. En effet, depuis sa création en 1899, le maillot blaugrana n’a jamais abordé un sponsor ! Une exception dans le football. Mieux, c’est même le Barca qui va donner de l’argent ! Si le club n’avait jamais reçu d’argent de la part d’un sponsor pour son maillot, l’UNICEF apparaît fièrement sur la tunique depuis 2006.

Le Barca fait donc don d’une somme de 1,5 million d’euros par an à l’UNICEF ainsi que 0,7 % des revenus de sa fondation, pour imiter les états européens qui se sont engagés à reverser ce pourcentage de leur PIB à la campagne Millenium des Nations Unies, contre la pauvreté et pour l’éducation. Un accord qui correspond parfaitement avec le slogan de l’entité, « Més que un club », et qui est l’une des grandes réussites de Laporta.

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Accord historique entre le Barca et Qatar Foundation (crédit image : Sport24)

Cette décision de prendre un sponsor est dûe à l’augmentation des dettes du Barca (qui atteignent des montants records, notamment à cause d’une dernière saison 2009-10 catastrophique de Laporta sur l’aspect financier, NDLR), mais également tout simplement pour se mettre au niveau de la « norme européenne » des autres clubs et ainsi être capable de rivaliser économiquement avec les autres cadors. Même si au niveau financier, cela paraissait inévitable, cette décision suscite des controverses, auprès des supporters les plus attachés au club notamment.

« Je suis totalement contre l’idée de mettre de la publicité sur le maillot. C’est une solution de facilité. C’est unique au monde. Personne n’a réussi à garder intact son maillot dans toute l’histoire, et d’un seul coup, ça devient celui qui rapporte le plus. Cela vaut-il le coup de vendre cette singularité pour 6 ou 7% de son budget ? »

La réaction de Johan Cruyff, entièrement opposé à ce projet

Cependant, Rosell se fiche de l’avis du Néerlandais, avec qui il est en désaccord. Par ailleurs, Cruyff, nommé président d’honneur par Laporta lors de son départ, quittera ce poste quelques mois après l’arrivée du nouveau président.

Sur un plan sportif, les années sous la présidence Rosell sont excellentes. Le Barca remporte 9 trophées avec l’équipe première, dont notamment une Champions League, en 2011, contre Manchester United, match qui est souvent considéré comme l’apogée du Barca de Guardiola. Après le départ de celui-ci en 2012, Tito Vilanova est nommé (adjoint de Guardiola depuis 2007, NDLR). Malgré une humiliation face au Bayern en demi-finale, l’équipe réalise une excellente saison, égalisant notamment le record de points en championnat réalisé par le Real Madrid de Mourinho, en 2012 (100 pts). Malheureusement, à la suite de gros soucis de santé, Vilanova renonce à son poste d’entraineur. Tata Martino lui succède.

L'ancien entraîneur du Barça Tito Vilanova est mort
Tito Vilanova, ancien entraîneur du Barca en 2012-13, est décédé le 25 Avril 2014 d’un cancer. Il est à jamais dans les cœurs blaugranas ! (crédit image: lejdd.fr)

La saison 2013-14 est fatale pour Rosell. En cause ? Le transfert de Neymar. En effet, à l’été 2013 le club recrute la pépite de Santos contre, officiellement, 57 millions d’euros. Mais, en janvier 2014, l’Audiencia Nacional, tribunal de Madrid, ouvre une enquête pour « délit contre le Trésor public et fraude fiscale » contre le FC Barcelone, dans le cadre du transfert de Neymar. Ce dossier est ouvert à la suite une plainte d’un des socios du club. Quelques jours plus tard, Rosell démissionne de son poste.

En effet, cette enquête révèlera que ce transfert est bel et bien entaché de corruption et autres combines. Le transfert aurait en réalité couté plus de 83 millions d’euros. Ce chiffre reste encore flou mais certaines sources, comme El Mundo, affirme même qu’il serait de 95 millions d’euros ! Ce qui est sûr, c’est que de l’argent a été versé frauduleusement à Neymar, à son père ainsi qu’à la société « Neymar § Neymar ». En 2017, Delcir Sonda, le patron de l’entreprise qui gérait auparavant les droits de la société Neymar, affirmait même que le Brésilien devait signer au Real et qu’il a signé au Barca grâce à l’argent de Rosell.

« Neymar a atterri au Barça parce que Sandro Rosell a soudoyé son père. C’est le délit de corruption entre particuliers que nous dénonçons »

Quoi qu’il en soit, c’est une affaire qui a sali l’image du club et qui lui a posé des problèmes avec la justice durant plusieurs années. Par ailleurs, quelques semaines plus tard, le Barca est interdit de recrutement pour l’été 2015 par suite d’infractions relatives aux transferts de mineurs… Un bourbier de scandales touche le club catalan au cours de cette période.

À la suite de la démission de Rosell, Bartomeu prend le relais jusqu’aux prochaines élections. Ancien responsable de la section basket entre 2003 et 2005, il démissionne lors de cette dernière année, comme Sandro Rosell qu’il va suivre.

Par la suite, il sera nommé vice-président par celui-ci et prendra naturellement sa succession après sa démission. Son mandat court jusqu’en 2016, mais Bartomeu convoquera des élections anticipées dès 2015 qu’il remportera. Pour beaucoup de supporters, il surfe sur les résultats de l’équipe pour être réélu. Quoi qu’il en soit, Bartomeu est dorénavant président jusqu’à l’été 2021.

Bartomeu prend la succession de Rosell suite à la démission de celui-ci (crédit image: Marca)

Bartomeu est aujourd’hui sous le feu des critiques de tous les supporters Blaugranas. Considéré comme l’un des pires présidents du Barca par certains, il est sous la menace d’une motion de censure, qui a atteint plus de 20 000 votes, ce qui est historique. Mais qu’à t-il fait pour en arriver là ? Ce qui est avant tout reproché, c’est sa politique de transferts.

En effet, depuis l’arrivée de Rosell, un changement de politique sportive important va marquer le club, au niveau du recrutement notamment. Depuis 2010, le Barca est le second club qui a dépensé le plus d’argent dans les transferts, là est la subtilité. La direction va investir dans des joueurs assez chers mais qui vont performer tout de suite (car ce sont des joueurs déjà complets), au lieu de développer de jeunes joueurs.

Le but est d’obtenir des résultats très rapidement car ils permettent une rentrée d’argent plus rapide et plus conséquente, donc une marge de manœuvre plus large pour la Junta en place. Ce choix de dépenses va concorder avec l’augmentation de la puissance financière du Barca, dû aux très bonnes performances réalisées ces dernières années mais aussi avec l’arrivé du sponsor depuis 2011. On ne peut nier que le Barca peut maintenant beaucoup dépenser car le club est une force économique qui ne cessera de croitre durant la décennie.

Les Barcelonais vont ainsi se concentrer sur des recrutements de joueurs qui ont une très forte valeur sportive mais surtout, une très forte valeur marketing. C’est donc ainsi que huit des dix plus gros transferts de l’histoire du club vont avoir lieu sous la présidence Bartomeu. Mais si c’est une stratégie qui pourrait à première vue paraitre payante, elle va se transformer en véritable catastrophe. D’une part, car ces arrivées ne seront pas faites de manières intelligentes et en fonction des besoins de l’équipe mais surtout car une grande partie seront des « flops », et donc considérés comme des pertes d’argent.

Tout en haut de la liste de ces transferts colossaux, on retrouve Griezmann, Coutinho et Dembélé. Si ce dernier nous fait lever de notre canapé par son talent à chaque fois qu’il joue, ses problèmes physiques récurrents et son faible nombre de matchs ne permettent pas encore de le considérer comme un transfert réussi au vu de la somme investit (105M€ + 40M€ de bonus). Griezmann (120M€), apparait aujourd’hui encore comme une erreur de casting et Coutinho (120M€ + 40M€) fût un échec sur le plan sportif (mauvais positionnement sur le terrain notamment) avant d’être prêté au Bayern, puis revenir cet été. Malgré cela, il y a l’espoir que la situation change et que ces 3 transferts aient vocation à réussir dans les prochaines années, avec un nouveau système tactique qui permet de faire jouer les trois ensemble dans des conditions optimales, comme essaie de mettre en place Koeman par exemple. En revanche, cela ne changera rien aux sommes colossales perdues dans les autres transferts soit incompréhensible soit « flops » ou soit erreur de casting du Barca sous Bartomeu : Arda Turan (34M€), Aleix Vidal (17M€), André Gomes (35M€), Paco Alcacer (30M€), Deulofeu (12M€), Marlon (5M€), Malcom (40M€), Semedo (36M€), Yerry Mina (11M€), Firpo (18M€), Douglas (4M€), Denis Suarez (12M€) , etc… Pour une majorité de supporters, le Barca renie ses principes en dépensant autant dans des transactions de joueurs.

Figure 3: investissements en indemnités de transfert par club, millions € (2010-2019)
Le classement des clubs ayant investi le plus en indemnités de transfert,en millions d’euros, depuis 2010. (source: Rapport mensuel de l’Observatoire du football CIES n°47 – Septembre 2019)

Si certains transferts ont été sauvés grâce à une plus-value lors de la vente, il n’en demeure pas moins que ce sont des déceptions qui ont empêché d’investir plus intelligemment sur le moment. Ce recrutement excessif a également handicapé le Barca au niveau financier. L’argent étant dépensé tellement vite et la masse salariale du club étant tellement importante, que le club se retrouve dans une situation où il n’a plus d’argent pour recruter, comme on l’a encore vu cet été, ou pour réaliser des projets comme rénovation du Camp Nou par exemple). Le tout malgré une puissance financière importante et des chiffres de revenus historiques pour le club (900M€ de revenu en 2019, NDLR) . Un paradoxe qui plonge le club dans une crise économique…

L’explosion de la masse salariale du Barca en chiffre. (crédit image: Goal.com)

Ce tournant assez abrupte dans la politique de transferts va contraster avec ce qu’il s’est passé lors des années précédentes et notamment participer à ce que beaucoup de supporters considèrent également comme l’un des principaux problèmes aujourd’hui : la mauvaise gestion et utilisation de la Masia. Cette stratégie va aboutir à la chute de ce qui a fait la renommée du club ces dernières années : l’intégration puis la titularisation de joueurs formés à la Masia. En exemple et en image du contraste du changement de l’utilisation de la Masia, Vilanova aligne en 2012 contre Levante un onze exclusivement composé de joueurs issus de la Masia, alors que Valverde aligne en 2018 un onze composé sans un seul joueur formé au club. Cela s’explique par plusieurs facteurs. Déjà, l’arrivée de ces joueurs réduit l’intégration de nouveaux jeunes au sein de l’effectif première, car ces derniers ne performent pas aussi vite que des joueurs déjà confirmés.

« Barcelone a atteint un tel niveau de jeu qu’il n’y a pas de place pour essayer de voir si cela fonctionne. Les joueurs doivent être extrêmement talentueux avant de pouvoir intégrer l’équipe. Si l’équipe A était moins forte, cela serait plus facile »

Les propos de Rakitic, en 2018, sur la place accordée aux jeunes joueurs au sein du club

Ce niveau d’exigence plus élevé plairait à beaucoup, mais énormément de Blaugranas considèrent l’intégration de jeunes comme quelque chose d’essentiel et surtout qui fait partie de l’identité du club. Cela pose donc question, depuis Roberto, plus aucun jeune formé à la Masia ne s’est installé durablement dans l’équipe première, même s’il y a des motifs d’espoir avec Fati et Riqui Puig pour les prochaines années. Mais cette diminution d’intégration de jeunes masians pousse donc de plus en plus de joueurs à quitter le Barca une fois leur formation terminée pour être sûr d’aller chercher du temps de jeu dans d’autres clubs, qui leur promettent une intégration plus rapide au monde professionnel.

Par ailleurs, ce choix d’achat massif se ressent également dans les sections jeunes et la réserve du Barca. Beaucoup de joueurs ont été achetés pour le Barca B, dans le but d’améliorer l’effectif et les faire monter. Or, non seulement beaucoup ont été des échecs et n’ont jamais intégré la A (ou sont simplement partis), mais surtout cela a renforcé ce sentiment d’abandon des jeunes et le Barca B, qui pendant longtemps était un tremplin pour les jeunes masians afin d’intégrer la A. La réserve a en effet toujours eu un rôle primordial car elle permettait aux jeunes d’entreprendre une formation à un niveau élevé avant d’espérer évoluer en équipe première. Même pour des rôles de doublures en A, le club s’appuyait sur sa réserve. Aujourd’hui la direction s’oriente plutôt vers des achats extérieurs et délaisse sa cantera.

En 2012, Vilanova aligne un onze 100% Masia ! Une époque qui parait bien lointaine… (crédit image : BeSoccer.com)

Pour conclure, le Barca a donc vécu une décennie bien différente que la précédente. En plein âge d’or il y a encore 10 ans, le club est aujourd’hui dans la tourmente avec une direction qui pose question. Entre achats massifs, Masia délaissée et scandales extra-sportifs, le duo Rosell-Bartomeu est aujourd’hui dans le viseur d’une majorité des supporters pour sa gestion du club. 

Une crise identitaire qui empêche le club d’avancer ?

Les choix douteux de la direction font donc énormément débat et instaure un climat hostile sur le Camp Nou. Mais au-delà de ces problèmes directionnels, l’un des gros ennuis du Barca ces dernières années est le jeu proposé par l’équipe pendant les matchs. En effet, celui-ci est qualifié d’ennuyant et ne collerai pas avec l’identité du club. Mais qu’est-ce que cela veut vraiment dire ? On ne peut nier que le Barca a cette étiquette de club qui joue un beau football et qui est agréable à regarder, et ce n’est pas une image totalement infondée tant le Barca nous a ébloui ces dernières décennies.

Tout commence à la fin des années 80, en 88 pour être plus précis. Le Barca sort d’une saison catastrophique et vit une crise intense, le club est dans ce que beaucoup considèrent comme la pire période de son histoire. Dans ce chaos ambiant, la direction va être prise à parti et pointée du doigt dans un évènement qui marquera les esprits : « la mutinerie l’Hesperia ». Lors de la fin de saison, les joueurs du Barca organisent une réunion où ils demandent la démission de Núñez, le président en place. Une prise de parole très forte où ils accusent la direction de ne pas respecter le club et réclament une augmentation salariale. Núñez, majoritairement soutenu par les socios, ne quittera pas son poste mais une révolution complète aura lieu. Près de 14 joueurs quittent l’effectif sous fond de désaccord avec la direction, Luis Aragonés n’est plus l’entraîneur et surtout, Johan Cruyff arrive sur le banc blaugrana. Pour rappel, le Néerlandais a porté la tunique azulgrana en tant que joueur entre 1973 et 1978, il est arrivé pour une somme record à l’époque et est reparti avec le titre de légende. L’arrivée de Cruyff changera le club à jamais.

Hendrik Johannes Cruijff, dit Johan Cruyff. (crédit image : Eurosport)

Au niveau du palmarès déjà, avec 11 trophées remportées dont la prestigieuse C1. Mais surtout, il a bâti une conception du football qui restera reine au Barca pendant longtemps et qui est aujourd’hui ancrée dans l’ADN du club. Cette conception s’appuie sur un football où le résultat pur et dur n’est pas l’essentiel, mais où la manière dont on obtient ce triomphe prime.

Pour obtenir cette formule-là, il va avant tout s’appuyer sur des joueurs sans qualités physiques particulières mais qui maniaient le ballon avec brio. Il ne se souciait non plus de la petite taille de ses milieux, critère qui était mal vu à l’époque. Ces joueurs de qualités que Cruyff a, soit recruté à son arrivée, soit cherché à la Masia lui ont permis d’avoir une équipe forte et dominatrice avec le ballon. Il a ensuite placé ces joueurs dans un système tactique innovant : le 3-4-3. Le but est de densifier le milieu de terrain afin d’accentuer cette maîtrise de la balle mais également d’obliger l’équipe à jouer plus haut et occuper toute la largeur du terrain.

Cette composition est un dérivé du 4-3-3 qu’il a connu à l’Ajax et est révolutionnaire dans une époque où le 4-4-2 prime. De nombreux supporters ne comprenait pas l’utilité d’avoir autant d’attaquants et si peu de défenseurs.

« Il y avait un tableau noir et il a dessiné trois défenseurs, quatre milieux de terrain, deux ailiers et un avant-centre. Nous nous sommes tous regardés et on s’est demandé ce que c’était que ce truc. Et surtout comment on pouvait jouer avec seulement trois défenseurs. Il a mis en place une nouvelle façon de jouer au football en Espagne. C’était une révolution »

Eusebio Sacristán, ancien milieu du Barca (1988-1995), sur la tactique de Cruyff, dans une interview pour FourFourTwo

Il a utilisé ce schéma lors de la majorité de son passage en Catalogne, qui déviait aussi en 4-3-3. Dans ce schéma, les joueurs sont toujours en mouvement, le but étant de toujours proposer une solution au porteur du ballon. Les transmissions sont rapides, dans le bon tempo et si possible vers l’avant. La défense à trois est également compensée par un pressing intense à la perte du ballon.

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Le 3-4-3 de Cruyff en 1992 (crédit image: tompaynefootball.wordpress.com)

C’est cette originalité qui va donner au Barca de l’époque cette impression de proposer un jeu spectaculaire. Dans un temps où la défense était la base du jeu de l’équipe, Cruyff bouleversera cela avec un système et des principes innovants tournés vers l’attaque ! C’est la révolution Cruyff. Cette idée d’un football offensif et spectaculaire fera naître le mouvement Cruyffiste, c’est-à-dire un mouvement qui idéalise les principes du Néerlandais comme étant la manière la plus juste de jouer au football. A partir de ce moment, le Barca voudra appliquer cette philosophie aux génération futures et incorporera les principes de ce dernier comme étant la base du jeu blaugrana. De nombreux entraîneurs s’identifieront aux principes d’El Flaco et ce sera notamment ce sur quoi s’appuieront Rijkaard et Guardiola pour construire leur jeu. Toutefois, si la base de leur tactique repose sur les grandes idées de Cruyff, elle n’est pas exactement identique à celle du mythique entraîneur. En effet, avec le temps la signification du mouvement a évolué et aujourd’hui il est trop souvent utilisé à tort. Ce qui est, à l’heure actuelle, réclamé par les supporters n’est plus du tout la même chose qu’à l’époque.

Mais revenons en à cette situation actuelle, où ce qui est vu sur le terrain fait l’objet de nombreux débats. En effet, le jeu que propose le Barca depuis 3 ans notamment est bien loin de ce que l’on voyait encore il y a quelques temps et cela dérange. C’est une équipe qui pratique un jeu plus défensif, moins possessif et qui subit beaucoup. Le 4-4-2 de Valverde ou le 4-3-3 bien trop stérile de Sétien en sont les exemples. Et cela agace une grande majorité des supporters. Ce jeu très loin des standards habituels du club et cette incapacité à renverser la tendance montrent un problème plus profond : le club a du mal à se réinventer. Le Barca semble plonger dans ce que l’on peut qualifier comme une crise identitaire : comment doit jouer cette équipe ?

Pour y répondre, il y a différentes écoles. On peut déjà exclure ceux qui ne jurent que par les résultats : un Barca qui gagne sans satisfaire, ça ne marche pas pour l’opinion publique. Le club a comme une obligation de proposer du « beau jeu » en raison de son passé et toute la tension que l’on a ressenti sous Valverde prouve que cette pression existe. Si on exclut les deux humiliations, ce qui a été principalement reproché a Valverde est la manière de jouer de son équipe. Un jeu aux aspects trop défensifs avec un entraineur qui pose comme base de départ un 4-4-2 (ou 4-3-1-2), incapable de changer durant le match. Si certains sont relatifs et essaient d’expliquer ce choix (effectif de mauvaise qualité, tentative de combler les errances défensives, NDLR), il n’est clairement pas possible de tenter de mettre en place ce type d’approche et la fracture entre les supporters et Valverde que l’on a ressenti l’a démontrée. Plus généralement, le monde du football et du journalisme qualifiait le jeu de Valverde comme étant à l’antithèse de ce que doit proposer le club. Un devoir de bien jouer qui est ancré dans la tête de beaucoup de personne. Et qui est nocif pour le club ?

Le Barca de Valverde, un Barca jugé trop défensif avec des choix qui posent questions chez les supporters (crédit image : barcelonaanalysis.com)

On a ensuite les puristes, ceux qui ne jurent que par Cruyff et Guardiola. Ces deux entraineurs représentent les deux âges d’or du club, il est donc naturel de s’y rattacher et les prendre comme point de référence. Mais plusieurs questions se posent alors. Tout d’abord, n’est-il pas utopique de penser que le Barca retrouvera un jour le niveau de 2008-2012 ? Cela parait en effet compliqué. Et puis surtout, même si cela représente des belles années, cela ne représente pas toute l’histoire du club. En effet, il n’y a pas une seule façon de gagner mais plusieurs. Evidemment, il peut y avoir une base commune qui sert de socle aux différentes tactiques mais ce n’est pas forcément un jeu strictement identique qui doit à chaque fois être mis en place.

C’est d’ailleurs ce qu’il s’est passé au Barca. Le club a gagné cinq Ligue des Champions avec quatre entraineurs différents. Et si les quatre coachs utilisaient comme base commune quelques principes et idées de jeu de Cruyff, le fond était différent. Le Barca de Cruyff ne jouait pas de la même façon que celui de Rijkaard, qui ne pratiquait pas le même football que celui de Guardiola et qui ne jouait lui-même pas de la même façon que celui d’Enrique ! C’est dans cette direction que le club devra aller : reprendre le fond mais changer la forme ? Il ne faut pas appliquer toujours les mêmes principes à des époques différentes. Le football évolue, mais il faut également ne pas oublier ce qui a fait la réussite du club. Il faut simplement évoluer de manière intelligente et ainsi, l’entité blaugrana pourra se réinventer, avec Koeman par exemple.

En conclusion, le Barca reste aujourd’hui, indéniablement, un des clubs les plus puissants au monde. La base de supporters reste énorme et le club continue d’attirer autant d’amoureux du football. Mais les temps sont troubles et la mauvaise gestion du club depuis une dizaine d’années vient installer un climat anxiogène autour de l’édifice catalan. La saison qui arrive s’annonce dors et déjà comme un tournant pour les Barcelonais. Déjà, parce qu’il devient impératif de relever le niveau de jeu sur le terrain, mission accordée à Koeman, mais surtout car le président va changer. Les élections approchent et Bartomeu ne pourra pas se représenter. La mission du prochain président sera donc lourde : changer de cap et rebâtir sur des bases nouvelles ou alors suivre la continuité de ce que l’on voit. Laporta ou Font qu’importe, l’un des deux aura l’avenir crucial du Barca entre ses mains.

Le sous-marin jaune peut-il franchir un cap ?

Après un cru 2019-2020 de belle facture conclu à la cinquième place, le Villarreal CF ne compte pas rester sur une belle saison sans lendemain et a peut-être réalisé le mercato le plus sexy d’Espagne. Reste à matérialiser le tout sur le terrain, sous la houlette d’un revenant en Liga, Unai Emery.

Le mercato ambitieux de Villarreal

Dès les premiers jours du mercato, le club castillan annonçait la couleur en s’emparant non pas d’un mais des deux milieux centraux titulaires du grand rival, le Valencia CF. Placés (inexplicablement) sur le marché des transferts par le club dirigé par Peter Lim, Francis Coquelin et surtout Dani Parejo, illustre capitaine des Blanquinegros, étaient débarqués sans la moindre reconnaissance et à prix modique, pour à peine plus de 10 millions. Une affaire que ne va pas rater Villarreal.

Fichajes Villarreal: Parejo: "El Villarreal es un grande de España, el  mejor sitio en el que podía estar" | Marca.com
Piquer le capitaine de l’équipe rivale, c’est quand même un coup de maître (crédit : Marca)

Ce double coup n’était que le début d’un excellent mercato puisque le club est ensuite parvenu à obtenir le prêt de Takefusa Kubo, la jeune promesse nippone du Real Madrid auteure d’une saison remarquable à Mallorca l’an passé.

Au rayon des pépites, c’est aussi Pervis Estupiñán qui a rallié le dernier cinquième de Liga, pour une indemnité record de 15 millions, plus gros transfert de l’histoire du club, un investissement justifié pour le latéral gauche équatorien prêté par Watford à Osasuna l’an passé et qui était l’une des révélations de l’exercice 2019-2020 en Liga (1 but et 6 passes décisives). Un transfert à l’origine effectué pour pallier la grave blessure au genou d’Alberto Moreno mais qui pourrait offrir davantage qu’une solution de remplacement.

Parmi les autres recrues, Gerónimo Rulli arrive pour officier en tant que doublure d’Asenjo après son expérience à Montpellier, le jeune Haïssem Hassan arrive de Châteauroux pour 2 millions et enfin, le club devrait boucler son mercato avec l’arrivée de Juan Foyth en prêt, avec une option d’achat fixée à 15 millions.

Le capitaine Emery à la manœuvre

Ce recrutement se termine enfin par l’intronisation d’Unai Emery, premier entraîneur à avoir remporté l’Europa League trois fois d’affilée, avec le Sevilla FC. Après ses échecs relatifs au PSG, dans un milieu qu’il n’aura jamais réussi à maîtriser, et à Arsenal où la relève d’Arsène Wenger était particulièrement compliquée à assumer, le tacticien espagnol revient sur le devant de la scène.

Un retour dans une pièce taillée pour lui, à la houlette d’un outsider de Liga qualifié en C3. En tant qu’apôtre de la récupération rapide par le pressing et de la possession de balle, Emery part déjà bien armé en récupérant le duo de Murciélagos, Parejo-Coquelin, le premier apportant son expérience, son leadership et sa vista. Des manieurs de ballon auxquels on peut ajouter Moi Gómez, Manu Trigueros ou encore Samu Chukwueze, de quoi permettre à l’entraîneur basque de mettre en place son idéal de jeu basé sur la possession tout en ayant plusieurs cordes à son arc.

Un duo d’attaque déjà en grande forme

Toutes ces arrivées viennent en outre renforcer un terreau d’origine déjà intéressant pour les Castillans. A commencer par un duo d’attaque redoutable, la paire Gerard Moreno-Paco Alcácer.

La victoire contre Alavés (3-1, lors de la quatrième journée, NDLR) reflète bien les qualités de cette association, avec un premier but signé Alcácer, tout en finesse et preuve de la confiance actuelle du joueur, qui en est à 3 buts marqués en 4 matchs, tout comme son compère Gerard Moreno. Sur le troisième pion inscrit, ce sont les deux attaquants qui prennent la profondeur sur la passe en profondeur de Moi Gómez, provoquant une véritable pression sur les défenseurs. Ce schéma, dans lequel le premier attaquant, par son déplacement, libère des espaces pour le second attaquant qui s’y engouffre, symbolise le principe de jeu d’Emery, qu’importe si cela doit passer par du jeu court ou des passes en profondeur (comme ici).

La superbe passe en profondeur de Moi Gómez et le déplacement des attaquants contre Alavés (Crédit : Liga Santander)

Avec deux offensifs de cette qualité technique et aussi adroits à la finition, Villarreal peut se targuer de disposer de l’une des meilleures attaques de Liga. Il suffit de revoir le bijou inscrit par Moreno contre Eibar, qui élimine toute la défense sur un dribble similaire à celui réalisé par Robson-Kanu face à la Belgique lors de l’Euro 2016.

En outre, ces deux joueurs représentent pour chacun la promesse d’une vingtaine de buts minimum en championnat, Gerard Moreno ayant terminé troisième meilleur buteur de Liga l’an passé (18 buts en championnat) quand Paco Alcácer, malgré des saisons tronquées par les blessures et autres transferts, gravite régulièrement autour des dix buts en championnat chaque saison. Un atout non-négligeable pour permettre à Villarreal de draguer les places européennes.

La parole est à la défense

Si le portrait global de Villarreal est plutôt laudatif sur ces premiers matchs, il reste malgré tout un gros point noir qu’Unai Emery va devoir corriger, à savoir la défense. C’est simple, les Castillans ont encaissé au moins un but à chaque journée. Et si l’on y inclut les matchs de préparation, il n’y a eu qu’un clean-sheet pour le sous-marin jaune en neuf matchs. Une faille particulièrement évidente lorsque Villarreal affronte des équipes prônant le jeu offensif, comme face à Huesca en ouverture (1-1), un match que le promu aurait pu remporter.

L’addition salée face au Barça n’est pas forcément problématique (4-0) puisque le club culé possède une force de frappe offensive très difficile à contenir, mais le positionnement statique des joueurs sur les buts d’Ansu Fati peut inquiéter.

Why Villarreal needs a center back worse than anything else - Villarreal USA
Albiol et Pau Torres, l’expérience et la jeunesse de la charnière du sous marin jaune (crédit : Villarreal USA)

Et les deux tauliers de la défense que sont Pau Torres et Sergio Asenjo ont déjà commis deux grosses erreurs individuelles coûtant un but, loin de leurs standards habituels (surtout pour le premier, néo-international espagnol et particulièrement en vue lors du rassemblement début septembre). Dans ce contexte, l’arrivée de Juan Foyth en prêt pourrait apporter une concurrence intéressante à un secteur qui a toujours fait la fierté de Villarreal lors de la dernière décennie (Godín, Musacchio, Bailly).

A l’aube d’un automne bien rempli par l’Europa League (et les déplacements copieux qui s’annoncent dans celle-ci), il faudra donc faire des paris dans le jeu et dans les compositions. On le sait, Unai Emery affectionne particulièrement la C3, ce qui devrait donner beaucoup d’objectifs à l’équipe cette saison. L’objectif sera de déterminer si Villarreal peut oui ou non franchir un cap cette saison, au-delà de sa cinquième place de l’an passé.

« Le fait d’aller loin dans les Coupes d’Europe, de jouer une demi-finale de Ligue des Champions ou trois demi-finales de Ligue Europa. Le chemin est magnifique même s’il n’y a rien au bout. Le chemin, c’est le rêve. Avoir des gens qui s’identifient au club. Avoir des joueurs qui travaillent dur et qui se sentent fiers de faire partie de ce projet »

Les rêves sont libres, comme l’a déclaré Emery lors de sa présentation.

Villarreal va en tout cas se donner tous les moyens pour surprendre, et il ne faudra pas rater ça.

Getafe CF : l’ambition offensive au cœur des priorités

Basée près de Madrid, l’équipe de Getafe est généralement connue pour son jeu sec, agressif et défensif. Une façon de jouer qui lui attire parfois les critiques, se voyant lui être reproché le fait de trop privilégier la défense aux dépens du secteur offensif. Un domaine du jeu délaissé qui a déjà beaucoup coûté aux Azulones. Désormais, Getafe à décider de se donner les moyens pour mettre fin à ces importantes carences.

Des recrues qui plaisent dans un mercato offensif ambitieux ont rallié le club madrilène cet été. C’est le cas de Enes Ünal, recruté, Cucho Hernández ou encore Darío Poveda, prêtés, qui rajeuniront cet effectif. Ces trois joueurs viennent en complément de noms bien connus en Espagne : Ángel et surtout le célèbre Jaime Mata. Un duo plutôt efficace mais qui a parfois connu ses limites et, pour qui, les renforts feront le plus grand bien. Au cours de cet exercice, c’est aussi en comptant sur ses ailiers que José Bordalás devra solutionner les problèmes offensifs de son équipe.

Une jeunesse attendue pour rafraîchir une attaque de vétérans

Le recrutement mené par le Getafe CF dans le secteur offensif est un choix bien étudié. Avant ce mercato, l’entité madrilène compose avec quatre avant-centres ayant pour moyenne d’âge un peu moins de trente-deux ans. Avec Jaime Mata (trente ans), Ángel (trente-deux ans) et Deyverson (vingt-huit ans), la moyenne grimpe surtout avec Jorge Molina et ses trente-huit ans.

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Arrivé gratuitement de Valladolid en 2018, Jaime Mata est une pièce maîtresse du système de Bordalás (crédit : SempreInter.com)

Sur les quarante-trois réalisations des Azulones en championnat, le trio principal, qui exclut Deyverson peu utilisé, en totalise vingt-six (onze de Mata, dix de Ángel et cinq de Molina). Un chiffre colossal qui pose la question de la dépendance à ces joueurs. A titre comparatif, la saison 2018/2019 avait vu Getafe marquer à quarante-huit fois, avec cette fois… trente-six buts de ses trois buteurs principaux !

D’un point de vue général, l’efficacité et le niveau de cette attaque ne faiblit pas vraiment mais a besoin de se relancer. Après s’être séparé de Jorge Molina, suite à une rupture contractuelle « à l’amiable », qui a pris la direction de Granada, les Madrilènes ont fait le choix de conserver les deux autres éléments principaux.

Cependant, cette attaque a également été rajeunie intelligemment. Getafe a obtenu les prêts, pour une saison, de Darío Poveda et Cucho Hernández, respectivement âgés de vingt-trois et vingt-et-un ans. Le premier évoluait jusqu’alors avec la réserve de l’Atlético quand le second est déjà bien connu en terres hispaniques.

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Darío Poveda a débuté sa carrière du côté de Villarreal et compte plusieurs matchs en Liga à son compteur (crédit : Marca)

El Cucho a déjà pu expérimenté LaLiga du côté de Huesca, en 2017/18, saison où le club aragonais est promu dans l’élite, et 2018/2019. Son duo intenable, qu’il partageait avec Chimy Ávila, avait à cette époque marqué les esprits. En deux saisons, l’attaquant prêté par Watford inscrira vingt but pour les Oscenses. Enfin, en 2019/2020, Cucho fait parler de lui à Mallorca. En vingt-deux rencontres, il inscrit cinq buts et apporte une aide précieuse dans la construction offensive de son équipe. Au delà des statistiques, c’est un véritable potentiel à exploiter, dont Bordalás devra tirer le maximum.

En marge de ces deux renforts, c’est aussi Enes Ünal qui a débarqué dans la banlieue de la capitale. Barré par la concurrence à Villarreal, le jeune attaquant turc avait évolué au Real Valladolid, lors des deux dernières saisons, en prêt. Bien qu’irrégulières, ses performances avaient dans l’ensemble été convaincantes. Arrivé pour neuf millions d’euros, Ünal sait que le club attend beaucoup de lui.

Cucho Hernández: “Mi objetivo es que el Getafe se clasifique para Europa” |  Hola News
Pour les deux premières rencontres de championnat de la saison, Cucho a fait équipe avec Jaime Mata devant (crédit : Hola News)

Avec l’arrivée de joueurs au profil différents, José Bordalás compte déjà un banc plus profond et qualitatif à ce poste. Cependant, rien n’indique que le traditionnel 4-4-2 du natif d’Alicante évoluera, pouvant très bien mettre en place une rotation concernant le second buteur qui accompagnera Jaime Mata, vraisemblablement indéboulonnable. Ángel reste une alternative de qualité pour desservir, mais son poste sera désormais exposé à une concurrence plus forte.

Les premières journées de championnat nous ont permis d’observer un Getafe différent d’un match à l’autre. D’un côté, une attaque sporadique et inexistante comme face à Alavés (0-0). De l’autre, un festival de trois buts en une mi-temps, contre le Betis (3-0) qui avait donné l’opportunité au duo Ángel-Cucho de s’exprimer pleinement. De la nouveauté et du changement s’annoncent donc aux avants-postes de l’équipe azulone.

Maintenir Jaime Mata au haut niveau

Véritable dynamiteur de cette attaque, Jaime Mata inquiète les défenses de Liga. En plus des très bons coups réalisés par une équipe qui n’a perdu aucun élément essentiel de son XI cet été, Getafe a la chance de pouvoir disposer d’un buteur de taille.

Essence même de cette attaque, Jaime Mata s’est imposé comme l’un des meilleurs buteurs de la saison précédente de Liga. Du haut de ses onze réalisations, le Madrilène est peut-être l’élément dont l’équipe de Getafe dépend le plus, probablement avec David Soria. Malgré les deux victoires sans sa présence lors du dernier exercice en championnat, (0-1 contre le Celta et 4-0 face à Levante, NDLR), les Azulones ont connu des complications comme lors de leurs revers à Granada (2-1) et Sevilla (0-3), où ils avaient dû se passer de leur attaquant fétiche.

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Jaime Mata reste une des options pour la Roja de Luis Enrique, à un poste où les incertitudes s’enchaînent… (crédit : Eurosport)

Les difficultés offensives de l’équipe madrilène se sont ressenties également lorsque les ailes peinaient à trouver leur goleador. La création de danger a alors souvent été moindre. Pour José Bordalás, et l’ensemble du staff technique, le défi est important, surtout tactiquement. Incruster de nouveaux joueurs dans le fonctionnement de l’attaque, tout en continuant de faire progresser ceux déjà présents.

En plus de cela, une connexion mutuelle se devra d’être établie pour un jeu plus collectif et moins basé sur les individualités, sur qui Getafe se montre parfois trop dépendant. Une méthode pour tenter de remédier aux lacunes d’une équipe pourtant si complète, et qui ne manque pas d’énegie.

Les ailes, un secteur capital

Les couloirs ont été un véritable point fort du Getafe CF lors des dernières saisons, d’autant plus lors de l’ultime. L’élément principal reste assurément Marc Cucurella, dont la technique et la vitesse impressionnent. Avec une attaque dotée d’un si bon jeu de tête, l’ancien du Barça n’a pas eu de mal à délivrer ses six passes décisives de la précédente saison.

L’ailier gauche dispose d’une qualité de centre remarquable, qui regroupe précision et puissance, en faisant ainsi une arme redoutable. Cucurella est un des joueurs les plus impliqués du système azulone. Son rôle est crucial au sein du XI et son profil colle à la philosophie de Bordalás. A vingt-deux ans, le Catalan assume pleinement son statut et ne cesse d’impressionner l’Espagne. Il est, en plus de ça, un joueur régulièrement sélectionné avec les U21 de la Rojita.

Cucurella: 'I am staying at Getafe, I would like to continue here for many  years' - JuniperSports
Face au Betis, Marc Cucurella a pu démontrer tout son potentiel en s’illustrant notamment sur un somptueux but (crédit : JuniperSports)

L’effectif de Getafe s’appuie aussi sur le sportif qu’est Allan Nyom. Latéral droit de formation, le natif de Neuilly-sur-Seine évolue principalement en tant que milieu et ailier droit. Son physique est d’une utilité non négligeable dans les duels, tout en profitant de sa rapidité mais également de sa force. Le Français doit composer avec un caractère réputé pour être souvent contestataire, et parfois même dans l’excès.

Le club compte aussi avec Amath Ndiaye, Francisco Portillo, deux autres ailiers mais qui ne jouent clairement pas les premiers rôles. Enfin, l’apport offensif de la paire uruguayenne des latéraux Damián Suárez et Mathías Olivera est évidemment indéniable et nécessaire, voire même irremplaçable.

Mercato OM : Ça chauffe pour Damian Suarez à Marseille ?
Associés à plusieurs clubs étrangers, les coéquipiers sud-américains semblent être partis pour rester à Getafe (crédit : OM : Coeur Marseillais)

Privé de compétition européenne, le Getafe CF est donc dans l’obligation de se reprendre au cours de cette nouvelle campagne. Les carences offensives des dernières saisons doivent disparaître et les Azulones semblent se donner les moyens de les résoudre avec un mercato intéressant, axé sur une jeunesse peut-être trop peu présente jusqu’à maintenant. Pièce maîtresse du projet, Pepe Bordalás va rester dans la capitale ibérique, symbole de la continuité que le club veut installer tout en exprimant une volonté constante de faire mieux sans oublier ses valeurs.

Bilan de saison 2019/20 – RCD Espanyol

Débâcle historique ! L’Espanyol de Barcelona va retrouver la Segunda pour la cinquième fois de son histoire après une saison 2019/2020 cauchemardesque du début jusqu’à la fin. Malgré sa participation en Ligue Europa, douze ans après sa dernière campagne européenne, l’entité perica n’a jamais su où elle allait durant cet exercice qui a vu quatre entraîneurs s’asseoir sur le banc du RCDE Stadium.

Quatre-vingt-cinq saisons dans un championnat qui en comptera quatre-vingt-dix en 2021. Un chiffre qui montre ce que représente l’Espanyol dans le football hispanique. Une image écornée cette année avec une équipe qui n’a pris que vingt-cinq points pour terminer dernier de LaLiga. Pour couronner le tout, elle est reléguée à trois journées de la fin dans le stade de son voisin et ennemi azulgrana. Les raisons de cet échec monumental sont multiples, mais tous les points convergent vers une même direction : une très mauvaise préparation d’une saison qui devait historique pour le nouveau projet blanquiazul.

Un projet ambitieux à terre

C’est dans un Camp Nou vide, souvent illuminé par quelques feux d’artifice des supporters blaugranas en dehors de l’enceinte, que l’ambitieux projet de l’Espanyol a pris du plomb dans l’aile le 8 juillet dernier.

« J’espère que l’Espanyol sera en Ligue des Champions et en bonne santé dans moins de trois ans », avait déclaré l’homme d’affaires chinois, Chen Yansheng, en janvier 2016, le jour de ses débuts en tant que président du club blanquiazul.

Du rêve de la Ligue des Champions aux excuses publiques pour une descente en deuxième division, le président de l’Espanyol ne comprend toujours pas ce qu’il s’est passé. (Crédit image : The Bulletin Time)

Quatre ans plus tard, il a assisté à une régression inattendue de son équipe. Pourtant, tout semblait rouler parfaitement pour l’entité barcelonaise, qui, financièrement, avait retrouvé une certaine stabilité. Une dette de 40 millions d’euros, un budget qui touche les 130 millions d’euros et surtout neuvième masse salariale de LaLiga.

Une gestion plutôt encourageante qui a été récompensée par une qualification en Ligue Europa, une première depuis douze ans. La petite coupe d’Europe, une étape préliminaire avant de rêver à la grande, un passage pour apprendre et pour grandir. Malheureusement, les vieux démons se sont réveillés à Cornellà.

L’Espanyol et l’Europe font très rarement bon ménage. À chaque fois que les bleus et blancs associent les obligations européennes aux tâches domestiques, ils passent tout près de la catastrophe. Mais cette fois-ci, la chute a été tellement brutale que personne ne la voyait venir au coup d’envoi de la saison.

Un triste derby, sans public, face à un triste Barça pour retourner en Segunda après vingt-sept saisons consécutives dans l’élite. (Crédit vidéo : Bein Sports France)

La direction perica était sur la bonne voie, mais a complètement perdu le nord cette saison. Le retour sur le vieux continent l’a-t-elle aveuglé ? Difficile d’y apporter une réponse claire. Toutefois, tout ce que l’on peut analyser est qu’elle a mal préparé une saison qui devait être historique.

Un mercato estival frileux, très frileux même. Un choix d’entraîneur très douteux dès le départ, qui a entraîné trois changements sur le banc. Une instabilité qui a perdu un effectif limité, dans lequel les héros de la saison dernière n’ont rien montré de bons à part se plaindre des tactiques des coachs.

De Gallego à Machin, du pareil au même

L’exultation, quand l’équipe de Rubi avait terminé septième en 2018/2019, a laissé place à un chantier quelques mois plus tard. Le technicien catalan a préféré rejoindre le Benito Villamarín où il n’a pas connu le même succès. Pendant ce temps, à Cornellà, la tâche de mener la saison a été confiée à David Gallego, entraîneur de l’équipe B, dont la seule expérience au haut niveau était un intérim en avril 2018 après le limogeage Quique Sánchez Flores.

Le costume était trop grand. (Crédit image : Mundo Deportivo)

Avec Gallego, les phases éliminatoires de la Ligue Europa se passent plutôt bien, puisque l’équipe a atteint la phase de groupes, mais le début du championnat est une autre histoire. Manque de préparation, un groupe diminué avec les départs de Borja Iglesias (Real Betis), meilleur buteur de la saison dernière, et de Mario Hermoso (Atlético de Madrid), révélation en défense.

Le club a récolté plus de cinquante millions d’euros pour ces deux ventes, mais n’a même pas dépensé la moitié pour se renforcer. Fernando Calero est venu pour huit millions d’euros en provenance du Real Valladolid. Matías Vargas (Vélez Sarsfield, dix millions d’euros) n’a rien apporté.

Les autres transactions s’étaient limitées à des prêts, comme Jonathan Calleri, Bernardo Espinosa, et aussi des transferts libres comme Ander Iturraspe. Sans compter, les joueurs promus de l’équipe B, Victor Campuzano ou encore Adrià Pedrosa. Un mercato estival très peu ambitieux pour une équipe qui doit jouer trois compétitions très exigeantes.

Des erreurs que l’Espanyol a payées cash dès l’entame de LaLiga. L’idée de Gallego ne prenait pas, son plan de jeu, sous l’apparence d’un 4-4-2, était «compliqué». Les joueurs ne l’ont pas compris. Ils ne savaient pas ce que l’entraîneur leur demandait. Ainsi, l’équipe a enchaîné les contre-performances en Liga. Néanmoins, sur la scène européenne, les résultats étaient un peu mieux, dans une poule où seul le CSKA Moscou était à craindre.

Cette fois-ci, la «Machín» n’a pas marché. (Crédit image : Reuters)

Avec une seule victoire (Eibar 1-2) après huit journées, l’Espanyol était logiquement relégable (dix-neuvième) et Gallego a été remercié pour laisser la place à Pablo Máchin, qui lui non plus n’aura pas eu de vieux os sur le banc du RCDE Stadium.

Malgré l’expérience ratée au Sevilla FC, le club a parié sur le technicien de Soria, qui a assuré la qualification en seizième de finale de la Ligue Europa. Cependant en Liga, le scénario ne changea point, car il n’aura ajouté cinq pauvres points sur le bilan de Gallego.

Son 3-5-2 fétiche n’a rien apporté, à part rouiller encore plus la machine blanquiazule qui n’arrivait pas à se retrouver dans son système très exigeant. Son manque de flexibilité a rapidement mis l’équipe mal à l’aise. Machín a subi la même impression que son prédécesseur, le vestiaire n’était pas prêt à assimiler ses idées de jeu très arrêtées.

Pablo est à son tour remercié après seulement soixante-dix-sept jours lors de la défaite 2-0 à Leganés, concurrent direct pour le maintien. Bilan : quinze matchs (dix en Liga), quatre victoires (deux en C3 et un en Copa), trois nuls (deux en Liga) et huit défaites (un en C3) ainsi qu’une place de colista (lanterne rouge).

Deux expériences sur le banc complètement ratées qui ont finalement eu raison du moral du vestiaire. Dès le départ, ni les joueurs, ni la direction ne savaient quel chemin prendre pour négocier cette saison. Avant même la fin de la phase aller de LaLiga, l’entité perico avait déjà consommé deux entraîneurs.

Un cadeau empoisonné pour Abelardo

Évidemment, le gros problème de l’Espanyol cette saison est la planification complètement hasardeuse. Des joueurs qui ne comprennent pas leurs entraîneurs. Et des entraîneurs, qui apparemment n’avaient pas le profil pour diriger ce vestiaire. L’un n’avait pas l’expérience et l’autre, un borné dans sa tactique.

Son licenciement a été incompréhensible, comme si la direction cherchait un énième bouc émissaire. (Crédit image : Diario Sport)

La troisième sera la bonne, pensa alors l’Espanylismo. Et Abelardo est arrivé. Un jeu simple et pratique. Le 4-4-2 d’une vie. Des lignes bien ajustées et des transitions rapides pour surprendre les adversaires. En plus, la direction a voulu corriger le tir du précédent mercato. Mais n’était-il pas trop tard ? Certes Raúl de Tomas, Leandro Cabrera ou encore Adrián Embarba ont apporté un plus dans le jeu, mais l’équipe n’a jamais pu sortir de la spirale négative.

Malgré son premier match qui a apporté beaucoup d’espoir (2-2 dans le derby barcelonais, NDLR) suivi d’une victoire à Villarreal (1-2), l’Espanyol n’a jamais quitté la dernière place de LaLiga jusqu’à la fin de la saison.

La dynamique positive initiée avec l’Asturien a été cassée par la Real Sociedad en Copa. En Europe, l’aventure s’est arrêté en seizième de finale après une démonstration de force de Wolverhampton, 4-0 au Molineux, même si le match retour a été gagné pour l’honneur.

La victoire 2-0 contre Alavés au retour du confinement laisser penser que la dynamique allait s’inverser pour le sprint final, mais c’était du pétard mouillé. (Crédit image : Rtve)

Avec Abelardo, l’équipe avait semblé gagner en qualité dans le jeu, mais les succès se sont fait rares. Hormis les trois points pris à la Cerámica, seuls Mallorca (première victoire à domicile, journée 23) et le Deportivo Alavés sont tombés devant les perruches.

Il a obtenu quatorze points en treize matchs, un meilleur bilan que ses prédécesseurs, mais insuffisant pour éviter de subir le même sort qu’eux. Son renvoi à la 31e journée n’a fait que confirmer une chose : la direction est le coupable numéro un de ce désastre sportif.

Ce qu’elle a bien assumé quand le directeur sportif, Francisco Rufete a terminé la saison sur le banc au milieu de l’effectif qu’il a bâti pour réaliser la pire saison du club. Un effectif dans lequel, certains joueurs n’avaient certainement pas le niveau pour concourir dans l’élite espagnole.

Bilan de saison 2019/20 – RCD Mallorca

Passé à quelques points de son maintien, le Real Mallorca aura vécu une saison difficile mais en même temps pleine d’espoir et de positif. Bien que l’équipe n’ait pas réussi à conserver sa place dans l’élite, elle a pris du plaisir et, comme son concurrent madrilène, Leganés, a eu le mérite, la force et la volonté d’y croire jusqu’à la dernière minute. Après trois promotions de suite, Los Bermellones retournent en Segunda, mais avec la tête haute.

C’est une relégation avec de la déception, logiquement, mais qui est acceptée par les joueurs et ses supporters. Le RCD Mallorca n’avait rien à perdre sur cette saison, sachant d’entrée de jeu qu’obtenir son maintien serait difficile. La joie d’avoir pu retrouver la Primera, après plus de six saisons sans, était plus importante que tout et l’essentiel a été atteint. D’autant plus en y retournant après un match de promotion de folie, la saison passée, face au Depor. Même si l’objectif est manqué, le plaisir pris et la passion de cette équipe du RCD Mallorca sur le terrain ont été remarquables et synonymes d’une équipe soudée et unie qui n’aura jamais baissé les bras.

Lutter avec ses armes

Promu dans les dernières minutes de la saison 2018/2019, le RCD Mallorca avait donc arraché un ticket qui aurait également pu lui échapper. L’équipe des Baleares montait dans l’élite, certainement avec l’effectif le « plus faible » sur le papier mais a eu l’honneur et la force de lutter avec ses armes. Mallorca était d’ailleurs le 19e budget du championnat.

L’équipe a donc lutté avec ses propres moyens. L’obtention en prêt de Kubo a été intelligente et n’a rien coûté. Le Japonais a réalisé d’excellentes performances qui lui ont permis de progresser et de tirer l’équipe vers le haut grâce à sa technique et son agilité. Même constat pour Cucho, cédé par Watford, qui, après avoir manqué la première partie de saison pour blessure, a marqué à plusieurs reprises. Là encore, une opération à coût zéro qui a profité au joueur comme au club. Le prêt de Alejandro Pozo est aussi à compter en seconde partie de saison même s’il a été peu fructueux.

Liga Española: El Mallorca del 'Cucho' Hernández ve la luz como visitante |  MARCA Claro Colombia
Le duo de la jeunesse et de la complicité a grandement intéressé le public espagnol (crédit : Marca)

Arrivé gratuitement en 2017, le gardien Manolo Reina a été un des piliers de ce XI. Capitaine, le portier s’est employé à 122 reprises, étant ainsi le second gardien à faire le plus d’arrêts en Liga. Son expérience et ses 35 ans ont servi à rassurer, motiver et encourager le reste des joueurs. Un portero dont les supporters sont extrêmement reconnaissants, notamment pour son mental imperturbable et sa qualité à rester droit et positif au quotidien, ayant toujours les bons mots pour aider le groupe. L’arrivée libre de Aleix Febas, en provenance de Madrid, est, elle aussi, un transfert plutôt réussi.

Le club sait aussi s’appuyer sur la force de son centre de formation. Ainsi des joueurs jeunes formés au club, tels que Joan Sastre et Idrissu Baba, ont brillé cette saison. Cet exercice a aussi été l’occasion de découvrir la révélation Luka Romero. Entré en jeu contre le Real Madrid, le milieu offensif est devenu le joueur le plus jeune de l’histoire à disputer un match en Liga, âgé de 15 ans, seulement.

En plus de faire venir des joueurs gratuitement et de piocher dans sa cantera, Mallorca sait aussi trouver les bons coups du marché. Le club a, par exemple, acheté définitivement à l’été dernier Ante Budimir. Le buteur croate a réalisé une magnifique saison avec treize réalisations à son compteur, et est le meilleur buteur de l’équipe.

Sevilla eye Mallorca striker Ante Budimir - Football Espana
Ante Budimir a été la véritable bombe offensive du Mallorca au cours de cet exercice (crédit : Football Espana)

Enfin, les cadres du club ont également assumé leur rôle de leader. Des joueurs expérimentés tels que Salva Sevilla, Dani Rodríguez ou Antonio Raíllo qui ont montré l’exemple et représenté les valeurs du club au cours de cet exercice, tout en assurant sur le terrain avec de bonnes performances.

Relégués, mais avec la manière

Logé à l’avant dernière place du classement, avec 33 points, soit quatre de retard sur le premier non relégable et trois sur Leganés, premier relégable, le RCD Mallorca n’aura pas véritablement vu sa situation au classement évoluer au cours de la saison. En effet, la formation des Baléares n’est plus sorti de la zone rouge depuis la 23e journée.

Avant ça, Mallorca se situait aux alentours de la 15e et 16e place durant une bonne partie de la pré-saison et ne connaîtra sa place de 19e que lors de la 35e journée, après l’avoir brièvement occupé en septembre. Cependant, le club s’est toujours maintenu à une distance de points raisonnable des places pour le maintien.

Midfielder Baba Idrissu Excel For RCD Mallorca In 5-1 Win Against Celta Vigo
L’union d’une équipe qui a soudé ses joueurs jusqu’à la dernière minute (crédit : Modern Ghana)

Pour preuve, l’équipe de Vicente Moreno restera pendant de longues journées à trois, quatre, cinq, voire six points, de la 17e place. Pourtant mis à huit points du Celta, lors de la 32e journée, Mallorca va s’accrocher et y croire jusqu’au bout. La relégation en D2 ne sera d’ailleurs officielle que lors de l’avant-dernière journée, suite à la défaite contre un autre promu qu’est Granada (1-2).

Le club et ses joueurs se sont donc battus avec leurs armes, qualitativement inférieures à une très grande partie de celles des autres équipes de Liga. Cette équipe a néanmoins vécu ce sprint final sous l’espoir du maintien et avec une force mentale et collective qui ne s’achète pas. Sur le terrain, onze joueurs se sont battus et ont cru jusqu’à la dernière minute à leur maintien.

«Plus que le résultat encombrant, la dernière victoire (contre le Celta, NDLR) montre que l’équipe continue d’insister […] L’équipe a foi et continue de croire»

Le coach Vicente Moreno, après la défaite (3-0) contre l’Atlético de Madrid, pour le compte de la 34e journée (RCD Mallorca)

Une équipe soudée et qui aura rendu son public fier de sa saison. Malgré la relégation, le RCD Mallorca a pu reprendre contact avec la première division espagnole, six ans après y avoir joué pour la dernière fois. C’est tout un club, ses dirigeants, ses joueurs et ses supporters, qui ont pris du plaisir à revoir l’équipe en Primera. L’objectif n’est pas atteint, certes, mais la combativité affichée jusqu’au dernier triple coup de sifflet de la saison efface en partie la tristesse de la relégation tant cette équipe peut être fière d’elle et d’y avoir cru, même quand le maintien était sur un fil ou que la situation devenait tout simplement délicate.

Remotivées par leur gardien et capitaine, Reina, les troupes de Vicente Moreno ont obtenu des succès importants dans le sprint final, comme contre Leganés (1-1), le Celta (5-1), Levante (2-0) ou bien Osasuna (2-2), qui n’ont malheureusement pas été suffisants pour maintenir l’équipe de Majorque.

L’accomplissement de Vicente Moreno

Vicente Moreno restera assurément l’un des coachs les plus importants de l’histoire du club. Après trois années de bons services rendus, l’entraîneur valencien a décidé de quitter le RCD Mallorca suite à la relégation du club. Il laisse ainsi une équipe à son image, bâtie par lui même et qu’il avait appris à connaître parfaitement. Mallorca possède aujourd’hui l’héritage de cet homme.

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Le technicien a pris la direction de l’Espanyol cet été, estimant probablement que son cycle était terminé (crédit : Football Espana)

Vicente Moreno débarque à Mallorca en 2017. L’équipe est alors en difficulté puisqu’elle vient d’être reléguée en Segunda B, troisième échelon du football espagnol. Certains éléments de l’équipe actuelle sont déjà là à ce moment et vont vite s’acclimater au jeu désiré par leur nouvel entraîneur, qui a pour but de faire remonter l’équipe.

L’arrivée de Moreno se révèle être un succès. Lors de la première saison, le club va finir champion de Segunda B et ainsi remonter aussitôt en Segunda. Le parcours est plus difficile lors de cette campagne 2018/19 mais Mallorca parvient à accrocher une place de barragiste, en terminant à la cinquième place. Lors des play-off, l’équipe se défait d’Albacete, puis du Dépor en finale, à l’issue d’un match retour de folie où les locaux remonteront les Galiciens (3-0), après leur défaite (2-0) de l’aller. Cette équipe a donc déjà un mental solide, venant d’enchaîner deux promotions en deux saisons.

Malgré la triste fin de cette aventure, le passage de Moreno à Mallorca est évidemment réussi. Son accomplissement s’explique notamment par le contact avec le groupe qui est passé à merveille, dès le début. Des joueurs tels que Lago Junior, l’éternel Manolo Reina, Antonio Raíllo, Joan Sastre, Fran Gámez, Salva Sevilla ou encore Abdón Prats étaient déjà là quand le club évoluait en troisième division. Aujourd’hui, ils ont un rôle plus ou moins important dans l’équipe selon certains mais ont adhéré et rendu crédible le projet mené par le club et Vicente Moreno.

Mallorca, firm, demands the clause by Vicente Moreno - JuniperSports
Au début du mois d’août, la belle aventure entre Moreno et Mallorca a pris fin (crédit : JuniperSports)

Au delà de ses performances sportives de classe (56 succès en 133 matchs), Vicente Moreno a donc su créer une famille et une entente remarquable avec tous ses joueurs. Sa relation avec le groupe a aussi servi à fonder un collectif soudé et qui, malgré la relégation, a su retenir l’essentiel de ce passage en Primera et en garde le positif. La déception est présente, certes, mais le club valorise également ce que l’équipe a fait de bien.

L’héritage laissé par Vicente Moreno fait donc l’objet de cette équipe vaillante et combative dont l’honneur est sauf à l’heure actuelle. La relégation est une déception mais la façon dont les joueurs ont terminé la saison montrent une image beaucoup plus positive du club, emmené par un groupe qui n’a jamais cessé de croire et de se battre pour son maintien. Porté par quelques individualités, mais avant tout par un collectif qui ne faisait qu’un, le RCD Mallorca a lutté avec ses propres moyens et ne peut qu’être fier de sa saison. Le club revient désormais en Segunda, mais a l’objectif de remonter dès que possible, toujours avec la même force mentale et cet esprit d’équipe imperturbable.

Bilan de saison 2019/20 – CD Leganés

Malgré une fin de saison époustouflante, le club pepinero a finalement accusé le coup de sa très mauvaise première partie de championnat. Jusqu’à l’ultime journée, Leganés a lutté pour sa survie en Liga, malheureusement, le miracle n’a pas eu lieu. Sa première aventure dans l’élite a duré quatre ans et elle s’est terminée sur une dix-huitième place en 2019/2020, synonyme d’un retour dans la catégorie argent.

Leganés voulait encore grandir, côtoyer les meilleurs, les accueillir et se mesurer à eux dans son petit stade. Avec le peu de foi qu’il avait, il s’est accroché jusqu’au bout au rêve de rempiler une cinquième saison dans la cour des grands. Hélas, la sentence était déjà prononcée. Les prières à Nuestra Señora de Butarque n’ont pas suffi, les Legionarios ont beaucoup pardonné. Pourtant son parcours dans le sprint final était digne d’une équipe qui avait envie du salut, mais une saison c’est trente-huit matchs, avec ses aléas. Un arbitrage pas toujours favorable, un hiver qui l’a déplumé, mais surtout, un très mauvais départ.

La malchance de Mauricio Pellegrino

Si ses résultats étaient aussi beaux que sa carte d’adieu, l’histoire serait racontée autrement. Malheureusement, El Flaco n’a pas pu confirmer sa belle campagne 2018/2019 qui avait mené Leganés à la treizième place de LaLiga, la meilleure performance de son histoire.

Neuf matchs, aucune victoire, et seulement deux points pris. Trop insuffisant pour que l’Argentin puisse sauver sa tête. Malgré le soutien de sa direction durant cette période peu glorieuse, la réalité impitoyable du football a fini par trancher.

Mauricio Pellegrino, entraîneur de Leganés en début de saison.
Mauricio Pellegrino a été démis de ses fonctions le 21 octobre après un début de saison catastrophique. Bilan à Butarque : 51 matchs, 13 victoires, 15 nuls et 23 défaites. (Crédit image : Diario AS)

Dans un club comme Leganés, où le couple Pavón-Moreno fait régner l’austérité économique, le mercato se jongle entre prêts et bonnes affaires à bas coût. Des joueurs désireux de se relancer ou ceux qui sont encore trop mous pour lorgner une place chez les gros calibres.

Dans ce marché hyper compliqué où les modestes clubs doivent se contenter des deuxièmes mains, Pellegrino avait choisi la continuité. Leganés a fait l’effort de conserver ses meilleurs joueurs de la saison précédente en renouvelant les prêts et en achetant certains quand c’était possible.

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Le pari le moins risqué, mais qui n’a pas été payant. Ce groupe qui avait touché l’excellence un an plus tôt est revenu avec un niveau inquiétant. Chez certains, le problème était physique, comme Kenneth Omeruo et Guido Carrillo, qui ont été incorporés à la fin du mercato sans préparation adéquate. Chez d’autres, le temps pour sortir les pieds de la boue a été long, comme Youssef En-Nesyri ou encore Martin Braithwaite, les deux artificiers de l’équipe.

Dans le 5-3-2 fétiche du technicien argentin, l’équipe a manqué de fraîcheur et de cohésion dès le coup d’envoi de la saison. Aucune différence n’était faite dans les deux zones de vérité. Après neuf journées, Leganés était lanterne rouge depuis un bon moment avec la pire attaque (quatre buts) et la dix-huitième défense (quatorze buts), mais surtout avec seulement deux points pris (Athletic 1-1 et Valencia 1-1).

Premier point pris lors de la cinquième journée au Mestalla, un match qui a soulevé quelques polémiques. (Crédit vidéo : Bein Sports France)

Pellegrino n’a pas pu reproduire son solide système avec le même groupe dilué par quelques nouvelles recrues. Par conséquent, il aura fallu son limogeage après sa septième défaite (Getafe 2-0, journée 9) pour que Leganés puisse enfin savourer sa première victoire.

Pourtant, ce n’était ni le jeu, ni l’envie qui manquaient, mais surtout l’efficacité. À chaque match, on sentait une équipe qui luttait avec beaucoup de volonté, mais tiraillée entre le doute et la pression. Elle finissait souvent par craquer dans les moments clés ou en seconde période, comme lors de la défaite contre Levante (journée 8). Deux buts pris dans des moments cruciaux : temps additionnel de la première période et début de la seconde.

En dehors des problèmes physiques qui ont privé le gardien et leader du vestiaire Iván Cuéllar du début de saison ou encore Rodrigo Tarin et plus tard Rubén Pérez, un autre facteur est venu plomber l’ambiance au Butarque : l’arbitrage.

Victoría Pavón, présidente de Leganés.
La présidente de Leganés s’est plainte de l’arbitrage en début de saison. (Crédit image : Marca)

La défaite contre Levante avait soulevé une grosse polémique sur l’utilisation du VAR allant même jusqu’à ce que la présidente Victoria Pavón demande que le match soit rejoué. Un pénalty sifflé pour l’attaquant granota Roger Martí alors que la faute semblait être commise en dehors de la surface.

Répétition d’un même scénario qui avait déjà eu lieu lors de la cinquième journée au Mestalla. Le club ché avait bénéficié d’un pénalty sur une faute que le club estime en dehors de la surface. En plus de cela, un but a été refusé à Braithwaite lors de la première journée (défaite contre Osasuna 1-0, NDLR). Tout cela ajouté aux résultats insuffisants, a condamné d’entrée une équipe, qui jusqu’au bout, n’a pas baissé les bras.

Javier Aguirre a nourri l’espoir

L’intérim de trois matchs de Luis Cembranos a ramené le premier succès de la saison contre Mallorca (1-0, journée 10). Toutefois, la renaissance a été initiée par Javier Aguirre. Le Mexicain avec ses soixante et un printemps était de retour sur les bancs de LaLiga après son dernier passage à l’Espanyol entre 2012 et 2014.

Contrairement à Cembranos qui, lors de ses trois matchs a tenté de changer le dispositif tactique, Aguirre a reconduit le système à cinq défenseurs de Pellegrino. Conforter les joueurs dans un système qu’ils affectionnent et leur insuffler plus de confiance a été l’un des succès du vétéran aztèque.

Javier Aguirre a repris Leganés en Novembre, mais n'a pas pu le sauver.
Javier Aguirre a tout tenté pour sauver Leganés, mais la mission était trop dure pour le technicien mexicain. (Crédit image : El Pais)

Défendez d’abord, puis inventez, était l’armure d’Aguirre pour essayer de protéger les Pepineros de la descente. Dans un groupe où les individualités capables de faire la différence se comptent sur le bout des doigts, il fallait créer un collectif capable de surmonter ensemble les obstacles. C’est ce que Leganés a fait pendant la phase retour de la saison.

Cependant il a fallu du temps pour que l’équipe atteigne sa plénitude. Malgré quelques belles performances durant la seconde partie du championnat (Atlético 0-0, journée 21 ; Real Sociedad 2-1, journée 22 et Villarreal 1-2, journée 27), Leganés a lâché beaucoup de points dans des matchs, à priori, plus abordables. Des rencontres durant lesquelles les départs d’En-Nesyri et de Braithwaite se sont fait ressentir, malgré les remarquables prestations d’Óscar Rodríguez.

Óscar Rodriguez Arnaiz, joueur du Real Madrid prêté à Leganés
Un ovni au sein de l’équipe blanquiazule, «Osquitar», comme le surnomme Aguirre, a réalisé une saison fantastique malgré la descente. Des coups francs sublimes, une vélocité remarquable qui n’a pas échappé à Luis Enrique, sélectionneur de la Roja. (Crédit image : Tribuna)

Hormis ses deux victoires contre les Pericos et une victoire contre le Celta, les Madrilènes n’ont remporté aucun match face aux autres concurrents directs pour le maintien comme Levante, le Real Valladolid, Osasuna, Eibar ou encore le Deportivo Alavés. Des points précieux perdus qui, au final, ont pesé négativement sur la balance, malgré le rush incroyable lors des cinq dernières journées.

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Après une reprise au mois de juin plutôt compliquée (quatre défaites et deux matchs nuls, NDLR), les Blanquiazuls ont toujours maintenu leur chance de maintien grâce à un Celta qui ne faisait pas mieux et un Deportivo Alavés qui était en chute libre.

Des circonstances favorables qui ont ravivé la flamme du groupe d’Aguirre et cela s’est vu sur la pelouse avec des victoires de prestige contre Valence (1-0) et contre l’Athletic (0-2). Deux belles performances contre deux aspirants à l’Europe, qui ont laissé Leganés à deux points du maintien avant de recevoir son voisin champion, le Real Madrid, pour la dernière journée.

Après le match nul 2-2 contre le Real Madrid, la descente de Leganés en Segunda est désormais officilelle.
La marche était trop haute contre le Real Madrid. Leganés n’a pas pu gagner contre le champion et la descente est actée à seulement un point du Celta. (Crédit image : Diario AS).

Une victoire contre les Merengues suffisait si le Celta ne gagnait pas contre l’Espanyol. Malheureusement, la dernière mission était trop dure. Les Galiciens ont été tenu en échec à Cornellà. Pour sa part, Leganés est passé tout proche de l’exploit en prenant un point contre le Real Madrid (2-2), dans un match qui a encore fait parler à cause d’un arbitrage défavorable sur une main du Blanco Luka Jovic, qui aurait pu donner un pénalty aux coéquipiers d’Unai Bustinza.

Les départs d’En-Nesyri et de Braithwaite à déplorer

Parfois dans le football, mieux vaut avoir les planètes alignées pour atteindre ses objectifs ou faire des miracles. En ce qui concerne Leganés, malgré la fin de saison exceptionnelle qui aura donné un peu d’espoir pour le salut, le regroupement des planètes était désordonné.

Un début de saison catastrophique, un groupe limité qui a perdu ses deux meilleurs éléments durant le mercato hivernal. Même si offensivement, l’entité leganense n’était pas un foudre de guerre, l’inspiration de Martin Braithwaite et de Youssef En-Nesyri ont grandement contribué au rêve du maintien.

Youssef En-Nesyri, international marocain a rejoint Séville en janvier 2020.
Difficile de dire non au Sevilla FC avec ses ambitions européennes, En-Nesyri (quatre buts avec Leganés cette saison) a rejoint l’Andalousie en janvier où il a soulevé la Ligue Europa. (Crédit image : L’Équipe)

Entre décembre et février, Leganés a pris douze points sur vingt-et-un possibles en comptant sur ses deux buteurs, mais cela a été vain. Le Marocain est parti au Sevilla FC mi-janvier après que le club hispalense ait levé sa clause libératoire de vingt millions d’euros. Une somme que la direction n’a pas réinvestie pour renforcer le groupe.

Au contraire, elle s’est contentée de quelques prêts dont celui de Bryan Gil que Séville leur a laissé en guise de « compensation ». Disons qu’en ce moment là, avec Braithwaite, Gil, Carrillo et Óscar, Javier Aguirre avait de quoi faire bouger quelques défenses, mais le gros coup dur est arrivé mi-février quand le FC Barcelona a arraché le Danois pour résoudre ses problèmes d’infirmerie.

Martin Braithwaite transféré au Barça pour palier aux absences de Dembélé et de Suárez.
Un autre départ plus dur que celui du Marocain, un transfert inattendu de Martin Braithwaite au Barça. Le Danois a servi de joker médical alors que le mercato d’hiver était déjà terminé. Six buts avec Leganés, Braithwaite a beaucoup manqué dans le sprint final. (Crédit image : Sky Sports)

Une clause libératoire de dix-huit millions d’euros que le club azulgrana a levée et qui a laissé Leganés face à un désert offensif. En-Nesyri et Braithwaite ont marqué dix buts au total avec le maillot bleu et blanc cette saison, soit le tiers du total du club .

Au moment du départ du Danois à Barcelone (journée 24), Leganés ne comptait que dix-huit buts, ce qui montre l’importance qu’avaient ces deux joueurs dans l’équipe. Par la suite, c’est le jeune Óscar Rodríguez qui a pris le relais pour finir meilleur buteur du club avec neuf réalisations.

Cependant, le joueur formé au Real Madrid ainsi que Carrillo, saison très décevante de l’Argentin (un seul but), ont manqué la reprise du championnat après le covid-19, ce qui a été une grosse perte puisque Leganés a raté des rendez-vous importants contre des adversaires directs pour le maintien.

Au final, malgré les performances insuffisantes pendant une bonne partie de la saison, la direction du club n’a pas fait ce qu’il fallait durant le mercato d’hiver pour renforcer une équipe qui avait peu de chances de sauver sa place dans l’élite. Des erreurs reconnues par la présidente dans sa lettre de remerciements à l’équipe et aux fans. Javier Aguirre a longtemps retardé l’échéance, mais le mal était déjà fait. Il ne reste qu’à espérer pour Leganés que le séjour en Segunda ne durera pas une éternité.